meeting

Tribune éducation

Où en sommes-nous sur l’Ecole ?

Malgré des efforts budgétaires et humains importants depuis 2012, l’heure est à l’alarme pour l’Ecole en France.
En 20 ans Le niveau des élèves Français s’est effondré en mathématiques , en sciences et en Francais et la France tombe à la 25e place au classement international PISA évaluant les compétences des élèves.
Les enseignants lancent des appels au secours : les démissions se multiplient. La pénibilité du métier s’est considérablement accrue en particulier pour les débutants ou pour ceux qui sont depuis trop longtemps face à des publics difficiles.
Le pacte républicain reposant sur la confiance des citoyens en l’Ecole comme outil juste de promotion sociale s’effrite.
L’ecole Française est – dans le pays de l’égalité – l’une des plus inégalitaires au monde. Les déterminismes sociaux s’y exercent de manière criante et la fuite vers le privé des enfants des classes moyennes et populaires est maintenant avérée. La gratuité, grand combat de Jules Ferry pour lequel il eut à affronter tous les conservatismes, devient finalement théorique quand les familles qui le peuvent payent cours particuliers et prépas privés en marge des cursus de médecine ou de droit…
Alors que la gauche a investi massivement dans l’ecole depuis 2012 , créé 60000 postes et fait une loi de refondation après des années de défaisance scolaire par la droite, nous devons maintenant sérieusement remettre un certain nombre de chantiers sur l’ouvrage.

En premier lieu, l’ecole primaire doit bénéficier d’investissements importants car la France est en retard : des maîtres des savoirs fondamentaux suivront les élèves du CP au ce2 , et ces classes seront dédoublées et travailleront en petits groupes dans les établissements qui connaissent des difficultés. Le dispositif « Plus de maîtres que de classes » (4% seulement des classes) est un excellent outil qui mérite d’être étendu à davantage de territoires.

Chaque élève en difficulté sera accompagné par un tuteur issu des retraités de l’Education et sous l’autorité de l’enseignant. Ils pourront aider à la transition primaire/College, moment délicat où doivent être ménagées des transitions associant professeurs des écoles et collèges.

College unique ne signifie pas pédagogie unique. Faut-il rappeler que les enseignants sont des cadres qu’on traite comme des fonctionnaires d’execution, infantilisés par des circulaires venant de l’administration centrale toutes aussi illisibles que changeantes? Il est temps de leur faire confiance dans leur mission.
L’évaluation des enseignants ne doit plus reposer sur des inspections sporadiques mais sur une évaluation permanente entre pairs, collégiales, à partir des progrès des élèves et des objectifs de l’établissement.

Les inspecteurs doivent s’installer dans les établissements , encadrer les équipes et les renforcer pour leur permettre de progresser. Une société ne peut occulter le mal-être grandissant de ses enseignants. Il n’y a aucune fatalité à cela.

Outre une juste revalorisation des salaires pour ceux qui ont les fonctions les plus difficiles, et une réflexion sur la transformation des mécanismes d’affectation, empêchant que les plus inexpérimentés se retrouvent toujours dans les établissements les plus difficiles, l’autonomie des enseignants doit être respectée pour leur permettre d’atteindre nos objectifs de réussite pour tous.

La carte de l’éducation prioritaire en lycée sera publiée de toute urgence avec un label unique et simple et des moyens supplémentaires pérennisés pour les établissements et les enseignants.

La formation et le contenu des cursus des ESPÈ doivent être totalement réorganisés pour donner le meilleur de la recherche universitaire et de l’échange des bonnes pratiques aux futurs enseignants, dont l’emploi du temps doit intégrer l’effort de formation continue et poursuivie. Celle-ci comprendra notamment une attention particulière à la transmission des sciences et des mathématiques au primaire , des modules d’éducation artistique et culturelle et l’aide à l’accompagnement de l’hétérogénéité des élèves, dont il faut rappeler que c’est une chance et non un problème.
Il faut permettre le travail en petits groupes à l’ecole et au Collège grâce à l’augmentation des dotations horaires pour le travail à effectifs réduits.
Cela permettra de remédier aux nombreuses difficultés de mise en place des accompagnements personnalisés et des ÉPI.
Ces principes de la réforme du College sont en effet intéressants, mais la volonté de tout changer en un an a provoqué d’enormes difficultés et aussi des erreurs qu’il faudra corriger : le rétablissement des classes bilangues et Europeennes, qui n’étaient pas réservées aux collèges favorisés, la suppression de l’histoire des arts au Brevet, ainsi que la quasi disparition des langues anciennes dont il conviendra de repenser la mission avec les professeurs de lettres classiques, les parents, mais aussi les universitaires, archéologues, historiens, linguistes… Car un enseignement exigeant n’est pas forcément inégalitaire.

La mixité sociale de nos élèves dans tous les établissements sera ainsi de nouveau un objectif accessible.

L’enseignement privé sera associé à de nouveaux dispositifs permettant de lutter contre les ghettos scolaires, afin d’éviter les phénomènes de ségrégation qui menacent certaines académies.
Rappelons-le : des classes mixtes et diverses sont un atout pour tous les élèves. Les bons élèves, au lieu de s’éreinter dans un esprit de compétition stérile, apprendront à transmettre eux aussi ce qu’ils ont compris. Cet esprit de responsabilité leur est profitable tout autant qu’aux moins bons .

Faut-il preciser que l’Ecole se doit d’accueillir tous les enfants : les AVS indispensables ont besoin d’une formation consolidée et de moins de précarité et les RASED doivent être plus nombreux.
Enfin est-il normal que les ménages français dépensent 2 milliards par an dans l’Aide aux devoirs ? Je propose de mobiliser toutes les forces de la nation étudiants, seniors, éducation populaire, communes, avec un accompagnement financier de l’Etat, pour lancer un programme national d’aide au devoir pour tous dans les horaires dégagés par la réforme des rythmes.
L’augmentation du budget de la culture permettra de mettre en application réellement les parcours d’éducation artistique prévus dans la loi de 2013, sur tous les territoires, notamment ruraux et périurbains.

Le College doit conserver son esprit universaliste en utilisant davantage les pédagogies innovantes Et en améliorant l’orientation des élèves en fin de 3e par un véritable service public de l’orientation qui couvrira aussi le supérieur.

Pour les élèves qui se dirigent vers l’enseignement professionnel, cela permettra d’eviter de les laisser s’engouffrer dans des filières sans débouchés qui redouble la discrimination sociale. Il faut s’inspirer du rapport du Cnesco sur l’enseignement professionnel pour empêcher ce redoublement des inégalités sociales.

Quant au lycée il est plus qu’urgent désormais d’y redessiner une nouvelle carte de l’education prioritaire avec des moyens dédiés et un label unique.
Je souhaite par ailleurs que le baccalauréat en demeure un pilier. Une réforme des enseignements en sciences et mathématiques devra permettre d’inciter davantage de jeunes à s’engager dans les filières supérieures en sciences, insuffisamment pourvues aujourd’hui.

Voici les grandes lignes des orientations nécessaires pour l’Education afin qu’elle redevienne un élément de fierté pour nos concitoyens et surtout de confiance dans l’avenir. Je n’accepte pas que l’Ecole française soit l’une des plus inégalitaires au monde. Nous y consacrerons donc les moyens financiers et humains supplémentaires nécessaires chaque année. L’heure est grave. Nous devons agir. Il y va du plus important des piliers de notre socle républicain.

(Version intégrale de la Tribune parue dans Libération le 20/01/17)