Discours sur la Libération des Français

(Etats Généraux du Projet France-5 novembre 2016 – Salle Olympe de Gouges, Paris)

Mesdames et messieurs, chers amis, chers camarades,

Je veux remercier chacun d’entre vous, l’équipe incroyable du Projet France qui depuis cet endroit mystique du Mont Beuvray a engagé, à partir d’une poignée de militants, presque d’activistes, une discussion avec le pays. Nous avons la chance d’avoir conquis par la primaire la possibilité de le faire. D’ailleurs, regardez comment cette conquête de 2011 a fait florès. On vient même me consulter dans d’autres partis politiques pour savoir comment cela peut réussir. Rassurez-vous, je ne leur ai donné que des bons conseils, car nous avons besoin que la démocratie progresse dans ce pays, qui a conservé quelques éléments génétiques de l’ancienne monarchie. Nous avons besoin de construire, y compris dans une élection de nature césariste, la démocratie à tous les étages.

Et c’est une des raisons pour lesquelles je vous remercie d’être venus depuis des mois, des semaines, des jours, nombreux, et de participer à l’enrichissement de ce projet. Les chiffres sont éloquents : ce sont 10 000 artisans actifs du Projet France, 2 000 contributions écrites, 200 000 votes, 120 experts et tous ceux qui chaque jour continuent à rejoindre ce processus qui n’a pas de raison de s’interrompre maintenant. Il ne fait que commencer et toujours recommencer.

Vous connaissez le cadre posé à Frangy en Bresse. Je l’ai renouvelé, traversant la France, les départements, les régions. Vous connaissez les propositions qui peu à peu enrichissent le projet, d’arbitrage en arbitrage, d’imprégnation en imprégnation. Et je dois dire la forte impression que j’ai pu ressentir avec les parlementaires ici présents et que je salue, après les contributions qui ont été données sur l’action sociale, l’action civique, l’action économique. La France est en train de bouger et je vois qu’elle cherche à s’embaucher en politique. La fabrication du Projet France ne fait donc que commencer et je lance l’appel à tous ceux qui veulent continuer à le poursuivre, l’enrichir, le faire évoluer. Car après tout, nous n’avons pas la science infuse, l’action publique c’est bel et bien une œuvre d’humilité. C’est d’abord le sentiment qu’on peut toujours se tromper. Et c’est peut-être aussi l’aptitude à reconnaître des erreurs.

Je sens qu’un souffle est en train de se lever dans la société mais il n’arrive pas à franchir les portes de la politique. Celle-ci semble autonomisée, discutant dans les étoiles, et encore, pour la plupart, éteintes. Ce souffle n’a jamais dit qu’il ne voulait pas de politique, ce souffle rejette l’actuel système politique, ses décisions absurdes, unilatérales, arbitraires, verticales. Mais ce souffle voudrait pouvoir être de l’action collective. C’est ce que vous avez dit dans chacune de vos contributions.

Aussi lorsqu’il s’agit d’un pays de 67 millions d’habitants, il y a la nécessité de construire avec la population. Partout la société s’organise, pour trouver des solutions nouvelles dans tous les domaines. Elle invente un monde nouveau chaque jour dans l’agriculture, l’industrie, l’action sociale, les usages des sciences et du numérique, dans la politique, dans l’éducation, dans l’écologie, dans le rural, dans l’urbain.

Dans l’agriculture où s’inventent des modèles de production sans intrants ni engrais. Nous nous penchons avec le Projet France sur ce modèle de baisse assumée de la productivité mais qui nous permet d’observer aussi une hausse du revenu des agriculteurs là où dans un autre modèle, beaucoup plus productiviste, beaucoup plus intensif, les revenus des agriculteurs ont été engloutis sous les dettes.

Dans l’industrie, nous observons aussi les effets d’une robotisation qui avance, d’une crainte du robot, comme ce mouvement des canuts lyonnais qui brisaient les machines à coudre car ils craignaient d’y perdre leur emploi. La robotisation transforme l’outil productif en industrie du futur et ne provoque pas toujours de licenciement. Elle reconvertit les salariés et embauche de nouveaux ouvriers et techniciens. J’en apporterai les preuves dans cette campagne car cela veut dire que, loin de craindre le progrès, nous devons l’apprivoiser et le mettre à notre main pour qu’il puisse être à la fois technique, politique, économique et social.

Dans l’économie numérique se décident des relocalisations de productions industrielles, grâce à la disparition des distributeurs – ces dévoreurs de marges qui ont opprimé l’industrie et l’agriculture. Leur disparition permet de payer enfin le producteur et de rémunérer les emplois de ceux qui produisent sur notre sol. C’est le retour des circuits courts.

Dans le logement j’observe l’habitat coopératif, participatif, où il est possible que les propriétaires décident de se passer des promoteurs immobiliers et inventent la chute de 30% des prix en construisant par eux-mêmes. Ils savent ainsi réduire les atteintes au pouvoir d’achat causées par les prix des logements.

J’observe dans l’énergie à quel point les modèles d’autoproduction, d’autoconsommation, qu’ils soient individuels, coopératifs ou collectifs, sont en train de transformer, à la maison, au bureau, à l’usine, la capacité de fabriquer de l’électricité pour soi-même ou pour son environnement immédiat, à un prix compétitif. C’est la fabrication décentralisée et coopérative de l’énergie comme un moyen de choisir son mode de vie, renouvelable, écologique et de proximité.

C’est une société entière qui se transforme peu à peu.

Ainsi en est-il dans tant de domaines. Dans l’éducation, grâce à l’arrivée des fameux MOOC où l’on inverse la pédagogie, dans l’écologie avec le sauvetage des abeilles grâce aux technologies scientifiques de sélection -non pas de modification- génétique. Il en est de même dans les algorithmes numériques qui réinventent Pôle Emploi par des applications sur smartphones qui permettent à des centaines de milliers de Français de trouver du travail.

Voilà la France qui se réinvente.

Ce monde nouveau qui s’invente, nous n’avons aucune raison d’en avoir peur. C’est au contraire une chance de le regarder en face, dans les yeux, avec ses menaces et ses espoirs. Il faut au contraire se demander ce que nous voulons en faire, comment nous allons l’habiter, comment nous allons le transformer à notre manière. Nous n’avons aucune raison de nous barricader, de fermer les yeux, boucher les oreilles, en refusant le monde tel qu’il vient. Nous pouvons au contraire l’apprivoiser.

C’est le sens de l’action politique, c’est le sens d’une consultation aussi importante que celle de l’année prochaine. La politique a précisément pour but et pour objectif de choisir ce que nous voulons soutenir et stimuler, ce que nous voulons contenir, corriger et transformer. La politique est une œuvre constructive dans le monde nouveau qui se lève.

Voilà pourquoi, je crois nécessaire de libérer l’innovation dans notre pays, l’innovation entrepreneuriale, sociétale, technologique, éducative. Parce que je préfère la mettre au pouvoir, plutôt que de la craindre. La vague du changement qui vient d’en bas doit submerger les institutions d’en haut. La force créative venant de la société doit pouvoir forcer la porte de la politique qui aujourd’hui est formatée, claquemurée et tombée dans le formol.

Libérer l’innovation dans la société c’est organiser la libération des Français. Là où la méfiance s’installe à l’encontre du système politique, je préfère que nous exprimions ensemble un acte de foi dans la société et ses mouvements naturels. C’est comme si le changement, celui espéré, venait d’en bas, après avoir échoué à venir d’en haut. C’est la société croyant en elle-même qui demande de la politique. J’ai entendu des demandes, des revendications. Elles sont d’ailleurs modérées car elles ont appris à se passer de la politique. Mais elles sont en recherche d’un collectif encore plus grand. C’est une forme de contre-culture, qui réclame de déboucher sur des solutions innovantes, libératrices et plus généralisées. Cette libération des Français c’est donc de donner le pouvoir à des couches nouvelles de la société.

Lors de vos interventions, vous avez évoqué ceux qui ont besoin de vous, ceux qui sont derrière vous, qui vous ont mandaté pour faire ce que vous faites, investis de cette tâche, soit dans l’économie, soit dans l’associatif, soit dans la politique. En 1872, Léon Gambetta, un républicain fervent, dans la période de la fondation de la IIIe République avait prononcé à Grenoble, le discours sur les couches sociales nouvelles. Il avait dit : « La fondation de la République doit aller avec la sociologie nouvelle, la société qui doit s’emparer du pouvoir dont elle a été privée auparavant. »

Il y a aujourd’hui les oubliés de l’économie, les oubliés de la politique, qui eux, transforment la société et veulent être reconnus par la politique. Ce sont ces couches nouvelles qu’il va nous falloir mettre au pouvoir. Installer, donner le pouvoir aux gens pour qu’ils puissent peser sur leur destin : ce sont ces jeunes qui se sont exprimés tout à l’heure, qui veulent financer leur projet, les personnes discriminées qui inventent leur emploi et créent leur entreprise, leur coopérative, leur association. Des Français de toutes conditions qui imaginent des petites révolutions dans le commerce, les services, les services publics ou privés, la santé, les cadres licenciés qui ont perdu le sens du travail dans de grands groupes, les retraités qui créent des associations pour aider les autres, des coopératives, des réseaux d’entraide, des élus locaux qui réinventent la démocratie du quotidien dans les villes et les campagnes. Ce sont ces couches nouvelles qui veulent accéder au pouvoir et ce sont elles que je vous propose d’emmener au pouvoir.

Ils doivent se dire tous les jours : où est-ce que la politique me permet d’agir ? Et d’ailleurs, je rencontre souvent des Françaises et des Français qui me disent : mais comment faire, comment parler, comment intervenir, comment faire comprendre ? Combien de gens font la queue pour essayer de parler à leur député, leur maire, sachant que ce sera une bouteille à la mer et qui finalement, renonçant, décident d’organiser le changement de la société par eux-mêmes, pour eux-mêmes et dans le secret et le silence des médias passionnés par autre chose. Je crois que cette société a besoin de surgir.

Lorsque j’avais dit à Frangy qu’il était nécessaire d’imaginer la création d’une nouvelle classe dirigeante, je pense qu’il est nécessaire qu’en effet ces couches sociales nouvelles qui sont représentées ici et ailleurs, s’occupent de politique. Il va falloir qu’elles s’en occupent presque autant que nous avons nous-mêmes échoué à nous en occuper dans le passé. Et il faudra que vous preniez le relais car nous avons besoin que les générations qui sont dans cette salle innovante, pas forcément nouvelles, se mêlent de politique. Si je veux prononcer cet avertissement, c’est parce que vous voyez bien ce qui se prépare, la politique est devenue un monopole fermé comme une partie, d’ailleurs, de la grande économie qui constitue ces nouvelles féodalités.

Il y a eu l’Etat Léviathan. Voici l’économie Léviathan, celle qui capture et dérobe la valeur, comme la politique capture et dévore le pouvoir. Il y a comme une sorte de similitude. Les fameux « GAFA » (« Google, Apple, Facebook, Amazon »), des monopoles privés qui ont fait de nous des usagers d’une communauté numérique des Etats-Unis d’Amérique. Lorsque nous utilisons l’Internet américain, sachez que nous roulons sur les routes américaines et que les gendarmes américains nous surveillent. A combien d’entreprises françaises importantes ai-je dit que leurs mails étaient parfaitement accessibles à tout le système de renseignement américain grâce aux GAFA. Et ceci a été ultérieurement prouvé.

Les traités de libre-échange qui donnent des droits supplémentaires pour les entreprises transnationales, peuvent faire condamner les Etats en justice de décisions souveraines de nos pauvres Etats. C’est le TAFTA, le CETA et combien d’autres ! Ces entreprises transnationales qui brevettent le vivant, constituent des monopoles, abusent de leur position dominante, échappent à l’impôt, voudraient créer une sorte d’extraterritorialité légale ; le secteur bancaire, un monopole privé du financement, qui pour 60 à 80% de son bilan joue à l’économie casino et refuse de financer l’économie réelle, dont nous avons besoin, et qui réussit à faire reculer l’Etat qui prétendait la réformer ; ce sont là les nouvelles féodalités économiques.

Mieux que ces monopoles publics et privés, de la politique fermée et de la puissance de ces entreprises mondialisées, on trouve même la Commission européenne et ses décisions a-démocratiques, prisonnière de ses lobbies, dont les dirigeants sont achetés par un certain nombre d’entreprises comme Goldman Sachs. Au milieu de cette collusion entre monopole public et monopole privé, voici qu’est intervenue et a surgi dans l’imaginaire de notre pays une nouvelle catégorie socio-professionnelle que j’ai appelé les « oliguénarques ». Une sorte de force conservatrice agissante en faveur de la fusion de ces monopoles, une oligarchie avec les diplômes en plus, qui avait initialement pour objectif de servir le service public, le désintéressement de la cause de l’Etat et du bien commun et qui finalement constitue la pensée formatée par laquelle on explique qu’il n’y a pas d’autre alternative. Ce sont les tenants de politique de la pensée unique, ce que les anglo-saxons ont appelé le « TINA, There-Is-No-Alternative ». Ce sont eux qui dirigent la France par-delà les alternances pour maintenir le plus longtemps possible ce monde qui s’écroule, ses privilèges et ses intérêts. Voilà de qui et de quoi il faut libérer les Français.

Nous mesurons qu’il y a donc deux modernités qui se font face, l’une progressiste et innovante, qui est dans cette salle, l’autre régressive et oppressante, je viens d’en décrire quelques éléments. La progressiste est dans la société qui se réinvente et elle demande plus de liberté, plus d’opportunités, plus de chances, moins d’impôts mais pas moins d’Etat. Un Etat aidant et non pas un Etat paralysant ou soupçonneux, ni bureaucratique, ni déshumanisé. C’est pourquoi je crois nécessaire de soutenir la petite entreprise sous toutes ses formes, individuelle, coopérative, sociale et solidaire, ou même faisant le profit pour assurer sa survie, la pérennité de ses emplois et de ses investissements.

C’est pourquoi je crois nécessaire de regarder la révolution numérique pour les chances qu’elle offre à cette société nouvelle qui réinvente la vie à condition qu’on l’apprivoise. C’est pourquoi je crois aussi nécessaire de refonder l’Etat qui parfois sur-réglemente et surtaxe un nombre incalculable d’activités innovantes que la société invente pour survivre. Pour réaliser cela il faut faire d’abord entrer les citoyens dans la décision politique et le système politique pour les mettre au pouvoir. C’est le sens premier de la République nouvelle que je propose. Comment pourrait-on assurer la libération des Français, faire surgir ces couches nouvelles, briser le monopole de la politique sans installer les Français en son sein ? Je propose, et je voudrais vous en donner quelques éléments de détail, l’entrée des citoyens par tirage au sort de cent sénateurs, dans le contrôle politique du gouvernement et de l’exécutif français.

Je propose ces cent sénateurs, et je salue les sénateurs ici présents, ils sont les héros de cette campagne, car il ne s’agit pas de supprimer le Sénat, il s’agit de le démocratiser. J’ai connu les jurys citoyens lorsque j’étais jeune avocat pénaliste à la cour d’assises. Nous avions des citoyens qui prenaient des décisions extrêmement graves. Ils se prononçaient sur la culpabilité ou l’innocence, ils prononçaient des peines de prison lourdes, parfois à vie. Mais ils prenaient leur travail au sérieux car ils participaient au bien public. J’ai connu en Saône-et-Loire, lorsque j’étais le président de ce département pendant quatre ans et demi, un jury citoyen que j’avais fait nommer car j’avais dû augmenter les impôts et j’avais pris, devant l’opinion publique de mon département, l’engagement de mettre cet argent au service des personnes dépendantes âgées pour les EPHAD et l’allocation personnalisée d’autonomie. C’est la raison pour laquelle, 16 jurés, inscrits sur les listes électorales, tirés au sort par un huissier de justice, sont venus ainsi faire des rapports, travailler ensemble, utiliser les services du Conseil général. D’ailleurs, dans le jury il y avait un maire d’opposition à ma majorité et un journaliste du journal local, de sorte que la démocratie avait les moyens de mesurer que le jury citoyen était à la hauteur de l’engagement. Et pendant deux années, ces personnes ont travaillé ensemble, se sont entendues et ont décidé à l’unanimité. On voit ainsi le caractère raisonnable de nos concitoyens lorsqu’il leur est donné de toucher à la chose publique, contrairement aux querelles permanentes artificielles organisées par les débats publics locaux et nationaux où l’on cherche le clivage et l’affrontement là où nous pourrions trouver un terrain d’entente.

Les cent sénateurs, un tiré au sort par département, auront pour mission de contrôler l’usage de l’argent public, le fonctionnement et le dysfonctionnement des services publics. Ils auront ainsi la faculté d’exprimer des positions politiques, ils voteront les réformes de la Constitution, ils questionneront le gouvernement et les hauts fonctionnaires, ils s’intéresseront à l’ensemble de la sphère publique et surtout ils auront la possibilité de voter des résolutions sur le bon ou le non respect des engagements pris par l’exécutif. C’est là une révolution importante du système politique français dont nous avons besoin pour que des citoyens raisonnables puissent parfois rappeler à la raison ceux qui ont en charge la direction du pays.

C’est une proposition qui a provoqué des réactions très négatives de la part d’un certain nombre de dirigeants politiques. Pourtant, beaucoup de pays la pratiquent. Cela a été rappelé et dit. C’est une innovation politique qui permet à tout citoyen, quel qu’il soit, quel que soit son milieu, quelle que soit sa place dans la société, quelle que soit sa profession, quel que soit son niveau d’éducation, de participer, d’être là pour ce qu’il est, son identité. Il n’y aura aucune distinction.

Ce tirage au sort permettra de faire du Sénat une chambre où il se passe quelque chose.

Je propose de donner au référendum d’initiative populaire une force contraignante. Aujourd’hui, les référendums sur le plan local ont une vocation consultative. Je ne vois pas pourquoi si l’on dérange le corps électoral, il ne pourrait pas, comme le souverain, reprendre le pouvoir et prendre la décision à la place de ceux à qui il l’a antérieurement délégué. Le référendum d’initiative populaire, sous condition de quorum, sous condition d’organisation, sous condition de participation minimale, sous condition de transparence et de loyauté, est un outil qui peut créer les conditions de l’intervention du citoyen dans la vie publique de façon constructive et de façon utile. Soumis à un contrôle de constitutionnalité et de conventionalité pour ne pas transformer les traités internationaux ni la constitution, il permettra, comme dans d’autres pays européens, de faire avancer la démocratie, d’éviter la conflictualité inutile dans notre pays et de faire en sorte que des citoyens rappellent parfois à l’ordre le système politique lorsqu’il perd la tête.

Je propose d’organiser de manière obligatoire la libération des données publiques, notamment en matière de finances publiques, ce que l’on appelle l’ « open-data ». C’est-à-dire de faire en sorte que les citoyens puissent s’emparer des enjeux financiers qui concernent leurs impôts. L’impôt dont le produit est offert au bien commun doit être utilisé à bon escient. Dans la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, il est un principe selon lequel le citoyen peut obtenir des comptes rendus de l’usage qui est fait de l’argent public comme du service public par ceux qui en ont la charge. Je crois nécessaire de permettre au citoyen d’accéder à l’information financière et de saisir une chambre des comptes lorsqu’il y a insincérité, ce qu’aujourd’hui les citoyens ne peuvent pas faire. Le citoyen est aujourd’hui considéré comme un enfant, il est cantonné dans le fond de la classe et n’a jamais le droit à la parole sauf, comme disait Pierre Mendès-France dans La République Moderne, en 1964, « une fois tous les cinq ans quand on lui demande de se prononcer ».

Je crois nécessaire aussi d’élire au suffrage universel dans chaque région des commissaires à l’emploi qui auront sous leur égide, leur autorité, l’institution locale de Pôle emploi qui doit être maintenant décentralisée car il s’agit de déplacer le lieu de décision vers les besoins du terrain, les besoins des chômeurs et des entrepreneurs. Je pense qu’il est nécessaire que des personnes spécifiquement élues pour faire cela, rendant des comptes au suffrage universel devant le corps électoral et puissent mettre en œuvre une politique qui permette d’améliorer les choses pour les Français qui sont aujourd’hui abandonnés au chômage et sont souvent des oubliés de l’économie et de la politique.

Je propose un spoil system à l’américaine dans l’ordre de la haute-administration. Il est nécessaire d’imposer désormais le primat du politique. La haute administration a pour plaisir personnel de considérer qu’elle est éternelle quand les ministres passent. La conséquence en est que c’est elle qui fait la politique, c’est elle qui définit le champ des possibles. Et lorsque l’alternance vient, on ressort des mêmes cartons, les mêmes dossiers à un ministre naïf dont il sait lui–même qu’il ne fera pas long feu. Peut-on imaginer que la création d’une politique publique originale, non conformiste, innovante, puisse faire l’objet de ressources humaines qui participent au bien public et au bien commun ? Qu’on aille chercher des syndicalistes, des chefs d’entreprises, des associations, des gens comme ceux qui se sont exprimés ici ! Je suis sûr qu’à la tête de certaines administrations centrales, un vent nouveau salutaire donnerait beaucoup de force aux ministres qui ont envie d’innover dans la politique publique.

Je défends l’abolition des privilèges des grands corps. Tel poste est réservé à un conseiller d’Etat, tel autre à un préfet, celui-ci à un inspecteur des finances. Je crois le moment venu d’abolir les privilèges, nous le ferons un 7 mai, même si ce ne sera pas tout à fait un 4 août.

Je propose que dans l’ensemble de ce référendum qui interviendra dès l’été ou l’automne 2017, dans la foulée des élections présidentielle et législatives et qui inclura une mutation du système politique, non pas pour déstabiliser le pouvoir ou l’organisation des pouvoirs publics mais pour faire en sorte qu’un nouvel acteur entre, celui qui butte à la porte, qui n’entre jamais par la fenêtre et pour qui même la cheminée est bouchée, le citoyen français. C’est pour lui que nous imaginons ce référendum, pour qu’il puisse apporter sa contribution à l’innovation des politiques publiques. C’est l’outil de la libération des Français. C’est une des raisons pour lesquelles je propose le droit de vote pour les étrangers car il est nécessaire que ceux qui paient des impôts, parfois depuis trente ans, et qui n’arrivent pas à se faire entendre de certains élus puissent participer au bien commun, comme le font d’ailleurs un certain nombre de citoyens. Il n’y a là nulle injure à la nationalité française, nulle injure au bien public, il y a là au contraire association des populations à la fabrication de décisions qui les concernent. Nous en avons hautement besoin dans un pays fracturé où il est temps de se réconcilier, d’agir ensemble, de se donner la main et d’assurer une forme d’entraide.

Tout comme je propose enfin un statut de lanceur d’alerte protecteur. Ce sont là finalement des actes de confiance dans la population, des actes de foi dans ce qu’ils peuvent porter de changement. Le changement venant d’en bas, il faut qu’il submerge l’immobilisme d’en haut.

Nous avons une similitude de situation s’agissant de la transformation numérique de la société : la naissance d’une nouvelle économie collaborative et de partage est une nouvelle frontière du progressisme. Internet, pour moi, réhabilite l’idée progressiste de la coopération dans une société individualiste et ultra concurrentielle. Dans la production, dans la consommation, l’éducation, le financement de l’économie, Internet permet et donne le pouvoir à la multitude, il le donne d’une façon plus impersonnelle mais il le donne quand même. Dans la production, le mouvement Wikipédia a remplacé et organisé la production collective des savoirs, pour le meilleur et pour le pire mais cela existe. Les Fablab, le mouvement des « Makers » qui partagent la création dans l’open source. Le mythe du garage est devenu une stratégie collective. Là où on inventait ou innovait technologiquement, Internet a rendu cette création collective et partagée. Dans la consommation, on passe de la propriété individuelle au partage comme le véhicule prêté à travers la plateforme Blablacar. Ce sont des pratiques nouvelles de partage et de coopération qui permettent de faire évoluer la société dans le sens du progrès.

Dans l’éducation, c’est la popularisation, grâce aux MOOC, de la pédagogie inversée. Plutôt que le cours magistral c’est l’apprentissage préalable des savoirs et ensuite le travail en petits groupes. Ce sont là des impacts considérables sur la vie et peut-être sur les progrès que nous pouvons réaliser. Dans le financement, le crowdfunding a donné le pouvoir à la foule de tous petits investisseurs qui ont permis à de nombreuses entreprises qui se plaçaient hors du champ de la finance traditionnelle de disposer d’un destin, c’est là pour moi un progrès. Le développement de ces multiples modèles collaboratifs est de toute façon irrésistible parce que son moteur c’est la multitude. Nous observons que depuis le Forum romain, l’Agora grecque, les clubs et couvents de la Révolution Française, les banquets républicains, les sociétés savantes, jamais les intelligences isolées n’ont autant pu se rencontrer pour la puissance collaborative que donne la révolution numérique. Elle est libératrice d’un certain nombre de rentes, de monopoles. Nous devons donc nous emparer de ce mouvement, vivre avec, encourager la jeunesse à s’en servir. C’est une contre culture qui peut devenir la nôtre si nous en faisons l’outil de libération des Français.

Pourtant la révolution numérique ne peut pas être une régression sociale. L’ubérisation a reconstitué le travailleur à la tâche, le louage d’ouvrage où l’autoentrepreneur est devenu la figure galopante de la précarisation de la population active. C’est aussi un outil de contournement du droit du travail, d’externalisation excessive des tâches et de paupérisation à long terme des actifs privés de protection sociale. J’ai entendu que la riposte de certains chauffeurs qui se sentaient en difficulté sur ces plateformes serait la coopérative. L’Etat va devoir intervenir. D’ailleurs, à Londres, 30 000 chauffeurs Uber ont été déclarés salariés en situation d’employeur unique. A Berlin, Paris comme en Californie, des procédures sont en cours vis-à-vis des plateformes. Apprivoiser la révolution numérique, c’est reconnaître, d’une part, qu’Uber a permis à de nombreux jeunes, notamment discriminés, d’obtenir un statut, un début de rémunération, une reconnaissance de la société. Mais c’est aussi amener les plateformes à assumer la protection sociale de leurs salariés qui sont aujourd’hui faussement indépendants.

La liberté est une aspiration fondamentale, le désir d’indépendance est aujourd’hui dans l’esprit de nos compatriotes. Mais lorsque l’indépendance se retrouve en situation de dépendance économique, il faut savoir faire des choix. A nous de faire émerger une société de travailleurs autonomes avec une protection sociale et un revenu décent et de contribuer à la libération par le travail et non pas l’apparition d’un esclavage numérique en transformant les entrepreneurs en serfs. C’est notre responsabilité. Oui, la révolution numérique peut transformer la vie de millions de nos concitoyens et peut nous aider à bâtir ensemble le bien commun.

Dans ces nouvelles frontières que nous explorons ensemble, je voudrais vous parler d’une proposition que je voudrais faire. Nous pourrions imaginer que la révolution numérique puisse changer positivement nos vies en imaginant un développement considérable du télétravail. Chacun en rêve, il y a dix-huit millions de Français qui prennent leur voiture chaque jour, quatre millions qui prennent les transports en commun. La révolution numérique peut nous permettre de changer notre vie au travail par le télétravail. Dix millions de Français rêvent de vivre ailleurs que dans les métropoles, les villes. Imaginer ce que nous pourrions économiser d’énergie, de pétrole, de transports, de fatigue, de stress, les gains de productivité pour les travailleurs qui gagneraient trois heures de transport par jour. Ça, c’est du concret !

Imaginez ce que nous pourrions obtenir de gain de surface foncière pour les entreprises, et imaginez ce que nous pourrions organiser de la renaissance de la France rurale ou rurbaine. Je propose la défiscalisation pour l’entreprise de l’embauche de télétravailleur. Imaginons que 20% des salariés deviennent des télétravailleurs, nous pourrions imaginer de repeupler nos campagnes. D’ailleurs, nous avions bien fait l’ANRU, l’Agence nationale de rénovation urbaine, je propose l’Agence nationale de rénovation rurale qui permettra de racheter le foncier, de le rénover, d’installer la fibre optique, d’organiser des auto-partage, de faire renaître des services publics et assurer en quelques sorte une France mieux équilibrée entre les villes et les campagnes. Il ne s’agit pas d’opposer la ville à la campagne, il s’agit d’organiser la collaboration des territoires. Une économie collaborative, c’est le télétravail. Là aussi c’est la libération des Français par le numérique. Nous avons là un champ d’inventivité considérable.

Je sais que ce sujet est populaire. Il n’est pas dans le débat public. Chacun voit que les nouvelles frontières de l’innovation sociétale sont aussi énergétiques. La mutation du modèle énergétique est inévitable. Il est lui aussi une perspective de libération par l’innovation, l’investissement collectif d’une nation dans la seule énergie non polluante, l’économie d’énergie est de nature à changer considérablement nos vies.

Vous me permettrez d’indiquer que la croissance décarbonée, celle qui investit son énergie et son intelligence dans l’économie d’énergie est un champ inexploré. Il y a aujourd’hui huit millions de logements qui sont des épaves thermiques, 14 millions de logements qui sont aujourd’hui défaillants sur le plan énergétique. Ce sont des factures annuelles d’environ 1600 euros par famille et par an et ce sont là des économies qui peuvent constituer la ressource à mettre en face de l’investissement dans la rénovation thermique des bâtiments. J’ai repris dans le programme, la proposition de Nicolas Hulot, Gaël Giraud et Alain Grandjean qui ont proposé 600 milliards pour la rénovation thermique. J’ai proposé 100 milliards comme les Italiens ont commencé à le faire. Cela suppose que le risque du portage financier soit pris par une agence financière du type de la Caisse des Dépôts et Consignation. C’est donc l’écologie qui sert l’amélioration du pouvoir d’achat des familles et des ménages.

Ce n’est pas l’écologie punitive, c’est l’écologie comme un investissement collectif, national, de long terme. C’est donc un investissement que la nation doit engager. Mais ce sont aussi des centaines de milliers d’emplois dans le bâtiment qui vont pouvoir être créés. Des emplois dans les territoires, dans les PME, autour des villes, dans les campagnes, là où nous pourrons engager un processus de rénovation, nous aurons le fruit de nos efforts. Il suffit donc de s’y mettre et de supprimer un certain nombre de préventions, de résistances, de conservatismes pour ne pas dire de conformismes. Il ne s’agit plus d’attacher aux personnes l’économie d’énergies mais de l’attacher au bien. Et de faire en sorte que, même à travers les générations, l’économie d’énergie puisse être transformée d’un occupant à un autre. Cela est inéluctable et nous permettra de réduire considérablement la facture énergétique française. L’objectif des fossiles à économiser est fondamental et urgent dans le compte à rebours écologique qui tourne au dessus de nos têtes. Le siècle qui a commencé pourrait s’avérer désastreux sur ce plan. Il y a maintenant un consensus mondial à ce sujet qui ne fait aucun doute.

L’investissement dans l’autoproduction énergétique est lui aussi inéluctable. L’énergie renouvelable doit être propagée, soutenue financièrement, elle est aujourd’hui arrivée à maturité écologique et économique. Nous obtenons maintenant des coûts compétitifs par rapport aux prix actuels de l’électricité ou de l’énergie. Nous avons donc là un passeport pour l‘investissement massif dans la fabrication par soi-même d’électricité d’origine renouvelable.

Pourrait-on dire un mot de la reconversion des friches industrielles et urbaines en surface d’agriculture urbaine ? Je veux évoquer la naissance d’une nouvelle discipline agricole qui s’appelle l’agro-écologie ou permaculture, technique de densification naturelle des cultures sur les petites surfaces économes en énergie et en mécanisation, qui permet d’obtenir des revenus suffisants pour une famille qui vit de son travail. C’est la reconstitution de l’emploi agricole que nous avions perdu dans nos campagnes et qui pourrait revivre et renaître dans nos villes. Un mot encore, sur l’économie du recyclage qui passe par une hausse du prix de l’énergie progressivement au fur et à mesure de la mise en œuvre des progrès d’économie d’énergie.

L’innovation est une libération. Le changement est un avenir magnifique. A nous de le construire.

Croyez-vous que tout cela puisse se faire ? Et croyez-vous que cela puisse se faire, avec un homme seul, avec des décrets, des lois, des ordonnances et des circulaires ? Cela ne peut se faire que dans un mouvement de société. Avec la société elle-même qui s’en empare. Avec la décentralisation. Avec un acte de confiance renouvelé chaque jour dans ceux qui font la société et qui la construisent. Cela veut dire qu’il va falloir imaginer un autre système juridico-politique. Nous fabriquons des lois en prévision de ceux qui vont les frauder. En conséquence de quoi on imagine qu’il faut organiser tout de suite la lutte contre la perversion et la fraude. En conséquence de quoi, on empêche les gens honnêtes, c’est-à-dire l’immense majorité, de travailler.

Moi je propose l’inverse. Je propose qu’on fasse confiance, et s’il y a des écarts on trouvera bien les moyens de les négocier. Même les mauvais virages parfois se réparent. Nous pouvons imaginer un autre système qui n’est pas celui des plusieurs milliers d’infractions pénales dans le Code pénal. Toute la société est pénalisée. Aujourd’hui, même les procureurs ne savent plus appliquer la loi, ils ne savent plus où donner de la tête. Interrogez un avocat, un magistrat, un professeur de droit, il vous dira qu’avec les mêmes textes, il vous fait un jugement en blanc ou en noir.

Oui, nous avons besoin d’imaginer une société nouvelle et un système nouveau de confiance adressé au citoyen. La droite elle-même dont l’imagination est sévèrement bornée, qui n’a pas renouvelé d’un poil son programme, qui a poursuivi ses mêmes obsessions, qui propose toujours la même chose : 100 milliards de coupes budgétaires, de quoi couler l’économie, la suppression de l’ISF, la hausse de la TVA, le contrat de travail avec une clause de licenciement contenue dans votre contrat d’embauche, c’est-à-dire une méga loi El-Khomri, un plan social de 250 000 fonctionnaires, comme si dans les hôpitaux il y avait trop de personnel, …

J’entends même que certains voudraient aller voter aux primaires de la droite. Mais enfin, on ne réforme pas la gauche en allant à la primaire de la droite. On réforme la gauche en allant à la primaire de la gauche ! On construit l’unité de la gauche, y compris lorsqu’elle a commis des erreurs graves, on construit l’avenir de la gauche en venant faire le Projet France.

Tout à l’heure, il a été expliqué à quel point l’appareil éducatif était en difficulté. J’ai noté au fur et à mesure de mes rencontres, un appel au secours des enseignants. 30% des élèves en difficulté en plus en dix ans. Une perte de confiance en soi, une insuffisante formation pour faire face à des situations nouvelles. Un système scolaire, qui reproduit les inégalités liées aux origines sociales, aujourd’hui classé comme un des plus inégalitaires de l’OCDE, une fabrique désormais importante de la marginalisation sociale.

Cet échec, il est le nôtre, et je voudrais adresser ici un mot de soutien aux enseignants. Ce n’est pas que le fils de prof qui parle ainsi ce soir, c’est aussi le père inquiet pour ses enfants comme tous les Français qui se demandent si finalement quand on est né dans un quartier, on a un destin préprogrammé dans l’éducation nationale. Je n’accepte pas cela pour nos enfants. Un programme politique aujourd’hui ne peut pas être des engagements statistiques en nombre de postes : comme sur le chômage il ne peut y avoir d’engagement statistique en pente de courbe. Nous devons imaginer des obligations de résultats avec des efforts collectifs de la nation en réinvestissant dans l’éducation nationale. Je suis pour la diversification des réussites, mais la réussite pour tous. Chacun peut. Un enfant en échec scolaire, s’il devient moyen c’est une victoire, un enfant bon qui devient excellent, c’est une victoire. La victoire, c’est que tous les enfants doivent être poussés le plus loin possible. C’est l’esprit d’un service public et d’une nation qui se reconstituent. Il n’est pas normal que nous ayons autant d’élèves en difficulté. Il y a donc là un investissement que la nation doit reprendre vis-à-vis de l’éducation nationale. Je suis prêt à discuter avec les organisations représentatives des professeurs et des parents pour que nous puissions retrouver ensemble les moyens de reconstruire patiemment et en incluant tout le monde, le chemin de la réussite pour tous. Oui, il faudra mieux payer les professeurs, oui il faudra mieux les former, oui il faudra imaginer d’autres systèmes d’évaluation, de recrutement, de nomination, d’affectation. Nous en sommes capables et nous en avons un impérieux besoin.

J’ai lu dans un rapport de juin 2016 du commissariat général à la stratégie et la prospective qui établit que si la France réussissait à passer de sa 25e place à la 16e en se remettant à investir dans l’éducation, elle ferait gagner à notre économie 11 milliards d’euros par an sur la période 2015-2050. Investir dans l’éducation nationale c’est obtenir une nation plus prospère, plus heureuse, capable d’imaginer son avenir. Un enfant qui a un diplôme est un enfant qui a de l’estime pour lui-même, c’est un enfant qui croit en lui. Un enfant en échec est un enfant humilié. Nous pourrions imaginer des solutions plus coopératives, plus collaboratives dans les stratégies pédagogiques. Nous pourrions imaginer qu’au lieu d’avoir des compétitions individuelles il y ait des projets collectifs. D’ailleurs, sommes-nous jamais contraints de travailler seuls ? Même moi qui était en profession libérale, je ne travaillais jamais seul. Dans les entreprises, dans la vie, dans la famille, dans l’éducation de ses propres enfants on apprend ensemble. Et la France a besoin de se remettre ensemble. Voilà l’esprit dans lequel nous devons faire évoluer l’appareil éducatif. Ce sont là les propositions que je veux porter pendant cette campagne.

Oui, l’innovation et le changement viennent d’en bas pour atteindre le haut et vous me permettrez de dire que nous pouvons et nous devons engager cet acte de foi et de confiance dans les citoyens. J’ai rencontré dernièrement un haut fonctionnaire du ministère de l’intérieur qui a été chargé d’évacuer le camp de Calais et d’organiser la répartition sur le territoire dans des centres d’accueil de milliers de réfugiés. Il m’a dit que les Français sont beaucoup plus raisonnables que leur classe politique. Ils sont beaucoup plus sérieux et ils ont un cœur que parfois le débat politique est incapable d’avoir. La France est résiliente, elle a des valeurs, elle n’a pas peur d’elle-même, elle n’a pas peur de l’avenir ni du progrès. Elle a des valeurs, elle sait les défendre.

C’est pourquoi il était important pour moi de revenir à la vie civile après avoir quitté le gouvernement, d’être revenu dans une entreprise modeste, à travailler parmi d’autres, avec des succès tout à fait relatifs. Beaucoup ont critiqué le fait que je décide de me reconvertir, de retourner à l’école et de travailler dans le privé. Je suis au contraire fier d’être retourné vivre et travailler au milieu des Francais. Car c’est comme cela que nous pouvons faire preuve d’humilité et de compréhension. La société a toujours raison sur le système politique et je crois qu’elle a parfois envie de prendre sa revanche après des années de mépris. Je veux vous proposer dans cette campagne de tenir le serment de porter ces couches nouvelles le plus haut possible, et si possible les mettre au pouvoir, de faire en sorte que les oubliés de l’économie, de la politique puissent parvenir eux aussi à leur tour, ces Français qui n’y croient plus, qui s’abstiennent, qui répugnent à s’engager, non pas dans leur vie professionnelle, familiale ou associative mais dans leur vie de citoyen. Je vous propose que nous allions les chercher dans cet acte de confiance que nous voulons leur faire.

J’ai retrouvé une phrase de Jean Jaurès prononcée dans un discours célère, à Albi, un discours à la jeunesse en 1903, deux ans avant la loi de séparation des églises et de l’Etat. Il disait ceci : « Dans notre France moderne, qu’est-ce donc que la République ? C’est un grand acte de confiance. Instituer la République c’est proclamer que des millions d’hommes sauront tracer eux-mêmes la règle commune de leur action, qu’ils sauront concilier la liberté et la loi, le mouvement et l’ordre, qu’ils sauront se combattre sans se déchirer, que leurs divisions n’iront pas jusqu’à une fureur chronique de guerre civile et qu’il ne rechercheront jamais dans une dictature même passagère une trêve funeste et un lâche repos. »

Ces phrases d’actualité je vous demande de les faire nôtres, je vous demande d’aller chercher pour le 22 et le 29 janvier, vos parents, vos amis, vos voisins, vos grands-parents, tous ceux qui peuvent faire la France nouvelle avec le Projet France.

Vive le Projet France ! Vive la République ! Et vive la France !