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Discours d’Arnaud Montebourg Gymnase Jean Jaurès – Paris Mercredi 18 janvier 2017

Cher-e-s ami-e-s, cher-e-s camarades, mesdames, messieurs, mes cher-e-s compatriotes,

Je repense à ce personnage, Daniel Blake, ce menuisier mis en scène par Ken Loach, ouvrier-menuisier. Après un accident du travail, acculé au chômage qui, dans l’enfer bureaucratique de la dévalorisation de la position des chômeurs en Grande Bretagne, décide de se suicider. Ken Loach, qui a mis en scène Daniel Blake, une histoire vraie, avait écrit un petit livre qui s’appelait « Défier le récit des puissants ». Il voulait dire qu’il y avait dans l’imaginaire qui est le nôtre, une manière d’écrire notre société, de la montrer, de faire croire à certaines fausses réalités et que lui, son rôle d’artiste, de cinéaste, homme engagé comme toi, mon cher Guy, était de susciter le doute, de montrer qu’il y avait un revers, une autre version des faits, une autre manière de voir le monde et d’autres solutions pour avancer dans celui-ci.

Ce récit des puissants, il s’inscrit sur le mur des puissants que j’ai évoqué l’autre jour au débat de la primaire de la gauche. Ce mur des puissants, c’est là que tous les jours s’inscrivent des chiffres, des vérités vraies ou fausses, des nombres, des accablements Bref, c’est là que finalement s’installe la croyance que nous ne pourrions rien faire, que nous serions soumis à un monde qui à un agenda, un ordre du jour et qu’il serait impossible que la politique puisse le remettre en question.

Ce mur des puissants raconte tous les jours que la dette, par exemple, serait la conséquence de notre mauvaise gestion, alors que sa cause est directement dans le comportement du système financier et bancaire. Ce serait que les chômeurs seraient responsables de leur situation alors que ce sont les politiques d’austérité qui ont fabriqué des chômeurs dans toute l’Europe.

Ce mur des puissants explique tous les jours que la fiscalité serait trop lourde sur les grandes entreprises alors que précisément, la fiscalité n’a cessé de baisser depuis 20 ans.

Ce mur explique aussi que les fonctionnaires seraient des privilégiés alors que chacun sait que la marche des hôpitaux, de l’Education Nationale repose essentiellement sur le dévouement, les heures supplémentaires non payées.

Ce récit s’inscrit tous les jours en lettres, en chiffres dans notre univers mental et constitue à force de répétitions une domination des esprits.

Ce mur, c’est le mur des puissants.

C’est celui-là qu’il va falloir attaquer. C’est le combat que nous allons engager ensemble, pour vaincre la fatalité, pour dire 1/ aux puissants qu’ils ne le sont pas tant que cela si nous sommes nombreux et rassemblés, et 2/ qu’il y a un autre chemin que celui qu’ils nous dictent et que ce dernier quinquennat n’a pas emprunté.

Il va falloir escalader cette falaise qui est devant nous. Elle est invisible, mais elle est bien réelle. Elle symbolise les renoncements de ces dernières années.

Le renoncement devant les banques à l’égard desquelles on a abandonné l’idée de séparer leurs activités. Seulement 0,8 % du bilan des banques a été touché par la loi dite de séparation bancaire.

C’est le renoncement devant les entreprises transnationales. Guy Bedos a tout à l’heure évoqué Florange et Arcelor Mittal. C’est là qu’il fallait montrer l’autre chemin, l’alternative, la capacité de dire qu’un autre monde est possible.

Le renoncement, ce sont les bras ballants devant la Commission européenne, qui nous dicte sa vision du monde archaïque, décalée. Même le Fond Monétaire International, l’OCDE, qui ne sont pas des institutions bolchéviques, disent le contraire et nous recommandent de désobéir à la Commission européenne. Nous sommes restés les bras ballants.

Le renoncement, ce sont ces traités de libre échange qu’on nous fait signer sans broncher, qu’on négocie en cachette. 20 nouveaux traités sont en cours de discussion à la Commission européenne. Savez-vous que vos parlementaires européens et nationaux qui sont ici et que je salue, sont obligés de vaincre les portes blindées de la Commission européenne pour connaître les clauses de ce qui se négocie en notre nom, au nom de la France et des européens.

Ce renoncement, c’est le contraire de l’histoire de la gauche. L’histoire de la gauche, c’est l’histoire de la conquête de l’émancipation de ce que nous sommes. L’histoire de la gauche, c’est contre vents et marées, c’est le choix libre d’être souverain, nous, et souverains ensemble avec les européens. Mais souverains toujours. Parce que notre volonté, c’est de modeler l’avenir, c’est de ne pas le laisser écrire par d’autres, ceux qui écrivent le récit des puissants.

Voilà l’ordre du jour de cette campagne électorale pour l’élection présidentielle de 2017 qui commence. Il a fallu tant d’efforts à des générations d’hommes et de femmes de gauche pour transformer le pays. Ils ont joué un rôle fondamental dans l’histoire de France.

La France a su écrire son histoire de la main gauche. Et elle va continuer à le faire car sans elle, que serait la France ? Que serait-elle, qu’aurait-elle comme capacité d’unifier les Français autour d’un projet commun s’il n’y avait pas les masses populaires autour desquelles les grands dirigeants politiques ont su rassembler : Jean Jaurès, Léon Blum, François Mitterrand, Lionel Jospin. A chaque fois l’histoire a rappelé la nécessité de l’union, du rassemblement pour vaincre, pour écrire un autre récit que celui qui nous était dicté d’avance.

Cette histoire collective qui nous concerne tous, elle est aussi une histoire personnelle pour chacun d’entre nous. Elle est aussi l’histoire du refus qu’un jour, dans notre vie, nous avons, dans l’intimité de nos relations sociales, expérimenté. Nous avons tous un jour dit non. Je fais partie de cette communauté des Français qui un jour ont dit non. De cette histoire collective, il y a des millions d’histoires individuelles.

C’est le jour où, jeune avocat, j’avais choisi de dire non à un Premier ministre de droite qui se servait de sa position dans la ville de Paris pour obtenir des avantages indus. Il s’appelait Alain Juppé. J’ai regretté qu’il ne se présentât pas au portique électoral de 2017. C’eut été un rajeunissement pour ma part car le procureur de la République, sous la demande du jeune avocat que j’étais, le fit déménager. C’était en 1995.

L’exercice du non, c’est le jour où avec Vincent Peillon, nous avons décidé de nous attaquer aux paradis fiscaux au sein de l’Union Européenne : on nous traita de fous ! Nous sommes allés au Lichtenstein, à Gibraltar, en Suisse, au Luxembourg, à Jersey. Dans chacun de ces pays, je me suis souvenu qu’un jour, franchissant la frontière au nord de la Lorraine, qu’Aurélie connait bien, nous sommes entrés au Luxembourg et qu’en guise d’accueil le Premier ministre de l’époque, monsieur Jean-Claude Juncker, déclara « Nous en avons assez de ces shérifs procureurs français. » Il parlait de Vincent Peillon et de moi-même. Oui, nous avons dit non.

Il y eut ce jour aussi où j’ai dit non, non pas seulement à Alain Juppé ou Jean-Claude Juncker, mais il m’est arrivé de dire non aussi à Lionel Jospin lorsqu’il refusait que nous engagions des poursuites contre le Président de la République. Il m’a assagi avec l’aide de Manuel Valls, son conseiller, qui prétendait vouloir déjà à l’époque m’attacher au radiateur mais j’ai regretté que finalement faute d’avoir poursuivi Jacques Chirac, Jacques Chirac obtint l’élimination de Lionel Jospin au premier tour.

J’ai encore dit non, c’était il y a deux ans et demi, à notre Président de la République qui lui-même m’avait nommé ministre de l’Economie. Je lui ai dit que je n’étais pas d’accord avec sa politique de l’austérité. Et je suis parti faire mes cartons au ministère. Certains encore ne sont pas déballés, je les garde comme le témoignage d’un moment important où dans chacune de nos vies, où que nous soyons dans la société, à qui que nous nous adressions, nous aurons toujours le devoir de dire non.

Le mur des puissants, c’est quoi ? C’est le laisser-faire. « Laissez-nous faire, on s’en occupe, ne vous en n’occupez surtout pas, laissez-nous faire » et surtout laissons-les faire tout et n’importe quoi.

Le laisser-faire c’est l’extrémisme du libéralisme, c’est le fait qu’on ne doit jamais intervenir, on ne doit jamais s’en mêler, nous sommes incongrus, impolis, mal-élevés, fous, shérifs ou je ne sais quel procureur. Mais comme on résume nos vies, il faut bien qu’un jour on ne laisse plus faire. C’est le sens, je crois, du socialisme, mon cher Gérard.

Alors l’esprit de cette campagne, de cette candidature, je le porte ici avec de nombreux amis que je salue. Il y a bien sûr, et je l’en remercie, Gerard Filoche qui vient de nous rejoindre. Il y a évidemment Guy Bedos qui a failli accepter d’être président avant moi. Il y a tous ces hommes et ces femmes qui viennent de toutes les sensibilités de la gauche, qui ont des histoires croisées, des géographies différentes, des villes, des campagnes, qui ont été à un moment dans l’histoire de notre pays, récente ou plus ancienne, des hommes qui ont bâti, construit avec leurs mains, leur énergie, leurs effort. Ils ont fait la France pour qu’elle ressemble un peu plus à la multitude qui la peuple. C’est l’esprit de la gauche. Je veux les en remercier, leur dire à quel point leur présence ici me touche. Elle n’est pas pour moi, elle est pour ce que nous allons faire ensemble.

Et si j’avais à résumer l’esprit de cette campagne, Emmanuel Maurel, que je salue, l’a dit tout à l’heure, « Reprendre en main notre destin », c’est cela l’esprit de cette campagne.

Oui, nous allons faire la loi de séparation bancaire pour éviter que nous ayons une nouvelle crise bancaire dans quelques mois, pour protéger les épargnants et les déposants qui ne le sont toujours pas avec les malheureux 55 milliards du système de protection européen que les banquiers n’ont toujours pas souhaité acquiescer au plan national.

Oui, nous allons décider la fin de l’austérité. Nous allons le faire en France et nous allons convaincre de le faire en Europe.

Je me souviens, c’était l’un des premiers Conseil des ministres. J’avais observé que la Belgique n’avait plus de gouvernement depuis 20 mois. Il n’y avait donc plus de gouvernement qui était capable d’exécuter les instructions de la Commission européenne qui siégeait à côté du gouvernement à Bruxelles car je vous le rappelle, le gouvernement belge est à Bruxelles et la commission européenne, aussi. Mais il n’y avait plus de gouvernement en Belgique et je me suis aperçu qu’en 2 ans la Belgique avait le record de croissance de l’époque dans la zone Euro parce qu’il n’y avait plus de gouvernement pour prendre des décisions aussi stupides que celles qu’a provoquées la Commission européenne, les conservateurs de tous les pays de la zone Euro qui nous ont précipité dans la crise et dont nous allons maintenant décider de sortir. Je ne voudrais quand même pas dire que l’absence d’un gouvernement devrait nous servir d’exemple. Mais parfois il est vrai que cette situation est préférable.

Alors, si nous avions à repérer l’ensemble des soumissions dont nous allons devoir nous libérer pour reprendre en main notre destin et reprendre le contrôle, pourrait-on parler des grandes entreprises californiennes, les GAFA ? Google, Amazon, Facebook, Apple. Je pourrai mettre un U de Uber, à ajouter à la liste. Nous sommes, lorsque nous utilisons l’internet sur ces plateformes, nous sommes sur les routes américaines. Nous sommes devenus, nous ne l’avons pas choisi, une colonie numérique des Etats-Unis d’Amérique.

Je me souviens avoir proposé le chemin alternatif, la construction avec nos plateformes téléphoniques, nos opérateurs historiques, avec les allemands, les espagnols, les italiens. Nous avons la possibilité d’intervenir et de construire l’autre chemin pour maîtriser nos données numériques. En tout état de cause, nous ferons la loi de souveraineté numérique qui entreposera sur le sol français les Data Center pour que les données numériques soient sur le sol français et européen.

Il faudra faire tant de choses, réparer les dégâts de l’austérité fiscale sur les classes moyennes et les classes populaires, les ménages modestes qui n’ont que leur travail pour vivre. Il faudra assumer la nationalisation comme outil de limitation, parfois, des excès de l’économie. Il faudra savoir dire non, refuser la dépendance et construire à nouveau notre indépendance.

Car, lorsque j’observe ce qu’il va falloir dire à Vladimir Poutine, Donald Trump, Angela Merkel, il faudra bien que nous ayons eu quelques apprentissages préalables. La capacité à dire non, c’est à ce moment-là qu’il va falloir qu’elle s’exerce.

Savoir dire non aux puissants permet de dire non aux puissances lorsqu’elles exagèrent. Car dans cette élection, observez-le bien, il y a des candidats des puissances par procuration, des puissances étrangères qui cette fois ont décidé d’exercer leur influence sur notre vie démocratique.

J’ai entendu madame Le Pen dire qu’elle admirait la force de Vladimir Poutine. Ce n’est pas une admiration gratuite ou innocente. Car après vérification, j’ai observé qu’elle avait obtenu un prêt de 9 millions d’Euros d’une banque russe proche du pouvoir pour financer sa campagne électorale. J’ai noté aussi qu’elle avait décidé de faire antichambre dans la Trump Tower de monsieur Donald Trump, le nouveau président américain élu pour trouver des financements électoraux. Madame Le Pen se présente comme le parti du peuple, elle est déjà par ses emprunts, ses sources de financement, le parti de l’étranger. Je ne sais pas si elle aura ses 500 parrainages en provenance des élus de la République mais je sais qu’elle a déjà deux parrains : monsieur Trump et monsieur Poutine.

Il faudra faire une loi pour interdire les financements étrangers des campagnes électorales. Il faudra rétablir la liberté des Français de choisir car si madame Le Pen n’a pas d’argent auprès des Français, c’est le signe peut-être qu’elle ne les représentera jamais.

Je veux dire ici que dans cette convergence nouvelle des deux empires, russe ou américain, cette connivence qui a surpris tous les européens, qui s’est exprimée il y a deux jours à travers les propos du président américain nouvellement élu, monsieur Trump. Il a expliqué finalement sans ambages, sans fard, sans se cacher, son seul et unique projet pour l’Europe : en accélérer la dislocation. Faire en sorte que l’implosion progresse. D’ailleurs, c’est ainsi qu’il a soufflé sur les braises des divisions entre européens, salué le Brexit comme prémonitoire de nouveaux et de suivants, et indiquer comme un message aux russes que l’OTAN ne ferait plus son travail et que les Européens allaient devoir organiser par eux-mêmes leur propre défense.

Très bien, c’est le sens finalement de la reprise de contrôle que nous voulons nous, opérer pour nous-même. L’Europe ne peut pas être éternellement suiviste, supplétive des empires, des intérêts des autres.

Nous sommes la première puissance économique. Nous sommes un monde à part car nous défendons des valeurs si nous ne les laissons pas choir. Nous sommes, nous, désireux de les propager, de les maintenir déjà pour nous-même.

Vous me permettrez de dire que dans ce chemin de l’indépendance, nous allons devoir nous préparer à réviser nos plans dans l’Alliance Atlantique et surtout engager la discussion en vue d’une alliance militaire européenne qui servira de base de remplacement à l’alliance du Traité Atlantique. C’est cela, reprendre le contrôle et avoir en main notre avenir.

D’ailleurs, pourrions-nous nous le défendre seulement en matière d’action militaire ? Egalement dans ce mouvement de refus qui est en train de prendre dans toutes les couches sociales laborieuses, celles qui n’ont que leur travail pour vivre, ces salariés qui ont été mis en concurrence dans la mondialisation présentée comme heureuse.

On a mis en concurrence il y a 20 ans, des anciennes classes ouvrières avec deux siècles de luttes à leur actif, avec des pays esclavagisant leur personnel, leurs employés, leurs salariés et les mettant en concurrence les uns avec les autres. Nous savons ce qu’il s’est produit : les uns n’ont pas gagné autant qu’ils pouvaient espérer et les autres ont beaucoup perdu.

La mondialisation a créé des chômeurs au nord et des esclaves au sud. Beaucoup dans ces pays émergeants ou émergés comme les nôtres, beaucoup des classes populaires ont décidé désormais d’entrer en rébellion. C’est la rivière souterraine qui gronde, c’est ce que j’ai appelé il y a quelques années la démondialisation. C’est l’esprit dans lequel le monde est en train de se rétrécir et où finalement les mouvements altermondialistes des années 2000, qui combattaient les accords du GATT, ce sont aujourd’hui installés dans les pratiques des mouvements de société.

Le Made in France qui n’est pas propre à la France, c’est le désir pour chaque citoyen de voter avec sa carte de crédit. Il décide d’acheter ce qu’il veut, de contrôler les origines. Il refuse la tromperie des marques, il demande des comptes aux multinationales, il veut savoir où se trouve la vérité du travail, la vérité des atteintes à l’environnement quand on délocalise la pollution .

C’est la reprise en main par les citoyens de leurs propres choix. La société est en train de se rebeller, notre responsabilité est de la mettre au pouvoir, dans le chemin positif et constructif d’une société qui se modifie. Non pas la laisser partir dans la revanche, dans la haine, dans la séparation, la fracture, dans les luttes internes dont nous ne sortirions pas grandis ni vivants.

Je défends une grande politique économique du Made in France. On a dit « c’est là du protectionnisme ». Non, c’est juste le désir de protéger nos intérêts lorsqu’ils sont menacés, ce qui ne nous empêche pas de travailler avec les autres. La vérité du libre-échange, c’est qu’il n’est pas libre du tout. Il est imposé, autoritaire, a ses conditions négociées dans le dos des peuples. En revanche, l’échange libre, c’est celui d’égal à égal, c’est l’esprit de la réciprocité, c’est le fait de dire « Vous faites ceci, je fais cela, nous sommes à égalité, maintenant nous allons discuter » et c’est ce que l’Europe doit faire.

Puisque monsieur Trump veut remettre en cause les Accords de Paris de la COP21 sur le dérèglement climatique. L’Union Européenne devra organiser la protection de ses frontières avec des taxes carbone sur les produits importés. Cette proposition est de bon sens.

Oui, je défends les marchés publics. Notre argent, nos ressources, envoyons-les sur nos PME, nos entreprises. Il y a là les moyens de reconstruire l’industrie. Nulle atteinte à la concurrence libre et non faussée. Juste la nécessité de nous défendre, de reconstruire avec nos mains, avec nos propres ressources, l’avenir industriel de ce pays.

Oui, je défends le contrôle des investissements étrangers dans les secteurs stratégiques, nous en avons besoin. Même les Allemands y viennent. Ils viennent de prendre une réglementation bloquant les investissements chinois dans la robotique. Oui, la reprise en main de notre destin, c’est la nécessité d’avoir un Etat qui soit dur avec les puissants et beaucoup plus bienveillant avec les faibles.

Si nous avions à nous interroger sur la nature de la société que nous voulons bâtir, je dirais que nous voulons la transformer concrètement dans ses aspects du système économique, financier, politique, européen, permettre à chacun surtout, pas seulement dans l’ordre du collectif mais aussi dans sa propre vie, de se reprendre en main.

La définition du peuple qu’un philosophe avait un jour tentée, était de dire que le peuple est celui qui subit sa vie, celui qui ne décide pas pour lui-même et qui est obligé de s’astreindre à des règles décidées par d’autres, bien qu’il vote, bien qu’il soit syndiqué, bien qu’il intervienne dans le champs de la société. La reprise en main de sa propre vie, c’est la possibilité pour chacun, dans une société libre et plus juste, de décider de sa propre trajectoire.

C’est la raison pour laquelle, dans cette campagne, je défends le monde du travail. Je voudrais vous en dire un mot fondamental parce que c’est un point qui me tient à coeur.

Oui, je suis le candidat de la feuille de paie, de la feuille de soin, de la quittance de loyer, du relevé de pension parce que c’est la première condition à remplir pour assurer sa liberté, sa liberté de vivre, d’exister et d’assurer la subsistance de soi-même et de sa famille.

Si il n’y a pas le prix du travail, la reconnaissance, qu’y a-t-il ? L’esclavage. C’est ce que la société du low cost, du bas coût, voudrait installer. C’est aussi inscrit sur le mur des puissants.

Je repense à ces salariés de Mac Donald. Nous sommes allés les voir avec Gérard Filoche, hier, qui sont confrontés à chaque fois qu’il y a une négociation salariale, à la réponse invariable de la direction du groupe qui déclare toujours qu’il n’y a pas de bénéfices à se partager. En vérité, les bénéfices partent, grâce à l’optimisation fiscale, dans les paradis fiscaux.

Je pense à ces travailleurs indépendants d’Uber, recevant en vérité des ordres comme si ils étaient salariés sans en avoir la protection sociale, sans en avoir les perspectives en cas de sinistre dans leur vie, qui subissent les commissions prélevées unilatéralement par la plateforme numérique, sans jamais pouvoir se rebeller et lorsqu’ils le font, les voici déconnectés, c’est le nouveau licenciement numérique, par la plateforme.

Je pense à ces femmes à temps partiel contraint qui ne peuvent pas se loger avec les salaires incomplets qu’elles reçoivent, qui ne peuvent élever l’enfant qu’elles ont à charge. Je pense à ces diplômés des quartiers populaires, discriminés parce qu’ils s’appellent Hakim, Farid, Radhia. Tous veulent travailler. Tous veulent se réaliser par eux-mêmes. Tous et sans exception veulent obtenir la dignité du travail.

Victor Hugo parlait du travail fier, du travail respecté, du travail respectable, du savoir-faire, de la compétence, de la responsabilité, du désir de faire société, d’échanger de façon contractuelle des capacités et de se rassembler pour une œuvre collective, lorsqu’il s’agit d’une entreprise, d’une administration, d’une entité productive de biens ou de services.

Tous luttent contre le précariat. Tous luttent pour de meilleurs salaires. Je me souviendrais toujours du patron de Ryan Air à qui on demandait comment il faisait pour vendre des billets d’avion si peu chers. Il répondait toujours qu’il pouvait pratiquer des tarifs aussi bon marché parce que les pilotes payent pour travailler chez lui. Voilà les enchères inversées, la logique de la nouvelle société du travail low cost. Derrière chaque pratique low cost, la maltraitance, l’attaque aux droits des personnes ne sont pas loin. Notre responsabilité, c’est de les défendre, c’est de les protéger. C’est la responsabilité de protéger.

Voilà pourquoi je défends dans cette campagne un meilleur partage dans l’entreprise de la richesse créée. Un meilleur partage dans l’entreprise de la valeur, un meilleur partage dans l’entreprise de ses succès. Les salariés sont toujours convoqués aux difficultés de l’entreprise. On leur demande toujours de cotiser aux problèmes de l’entreprise. « Il faut améliorer ceci, parce que cela ne va pas ; nous avons perdu des parts de marché, vous allez devoir renoncer à tel droit », quand ce ne sont pas des licenciements qui approchent.

Est-il possible que nous bâtissions une société du partage là où la richesse se crée ? Une société où les salariés peuvent siéger dans les Conseils d’administration avec voix délibérative, une société où les salaires sont indexés sur les gains de productivité, une société où la participation est étendue à l’ensemble de l’économie pour partager aussi les succès et les bénéfices.

Une société où on abrogera la loi El Khomri. Une société qui n’accepte pas que les heures supplémentaires après 35 heures soient minorées surtout lorsqu’il s’agit d’un gouvernement de gauche qui n’a jamais négocié avec les syndicats et a refusé la discussion avec le Parlement.

Une société où la fiscalité honore ceux qui travaillent. Je veux baisser la CSG, la rendre progressive et non plus proportionnelle sur les petits salaires, les petits traitements, les petites retraites. Pour une personne qui gagne le smic, 1176 €, c’est 102 € de plus par mois, c’est un 13e mois à la fin de l’année, c’est la restitution du prélèvement indu de l’austérité fiscale.

C’est une société où nous allons rattraper l’inégalité salariale entre les hommes et les femmes dans les entreprises. J’ai le souvenir qu’une ministre du gouvernement de Lionel Jospin, Nicole Péry, allait avec son bâton de pèlerin, elle sillonnait la France, entreprise après entreprise. Elle avait dans chaque département une déléguée aux droits des femmes qui toquait à la porte des entreprises et demandait le rattrapage des salaires. Souvent les patrons disaient : « Pourquoi pas, c’est vrai, c’est juste, c’est humain » et on cherchait les voies et les moyens. Bien sûr, ça n’était pas toujours facile mais cette frontière, qui est ancienne, qui a 20 ans, doit être reprise dans la conquête. Ce sont des droits humains pour la moitié de l’humanité.

Je veux une société européenne où la question salariale doit redevenir centrale. Je défendrai un plan concerté et progressif d’augmentation des salaires partout en Europe. Il s’agit là de sortir de l’austérité, en imaginant qu’aucun pays européen ne pourra s’en sortir l’un par rapport à l’autre. Il s’agit de faire monter partout les salaires. Les Allemands ont déjà commencé avec 5 % d’augmentation. Les Espagnols viennent de voter + 8 % d’augmentation. Les américains, nos concurrents, dans 6 Etats américains dont la Californie, le smic a été voté dans les Congrès des Etats fédérés, à hauteur de 15 $, c’est à dire 15 € de l’heure. Nous n’en sommes même pas à 10 € en Europe.

Mon projet c’est redonner un travail à chacun en relançant l’économie française. La relance, c’est une vielle histoire. Mathieu Plane qui m’a aidé avec son équipe d’économistes, a exposé en quelques mots tout à l’heure comment il imaginait les choses. Nous allons tout simplement faire ce que 10 pays du G20, c’est à dire les 20 puissances les plus riches du monde, 5 pays du G8, ont déjà fait et avec succès. Ce sont là des expériences qui marchent. Ils ont fait remonter la croissance, fait baisser le chômage. Comment ? En injectant de l’argent, on fait baisser la dette et diminuer le chômage, parce qu’on est plus nombreux à travailler et à cotiser aux caisses publiques. C’est ce qu’avait réussi Lionel Jospin dans les années 97-2000. En 2000, il y a eu 1 million d’emplois créés dans ce pays. Et cela a été fait avec un Code du travail qui ressemble rigoureusement à celui que nous avons. Ce n’est donc pas le Code du travail qui empêche de créer des emplois. Ce sont les choix de croissance ou de non croissance.

Nous allons relancer l’économie française et créer à nouveau des emplois. En plus, nous allons à peu près respecter la trajectoire macroéconomique, en la débordant un peu. De toute façon, je ne suis pas un homme qui croit dans les obligations comptables. François Mitterrand avait dit « Après moi, il n’y aura plus que des financiers et des comptables. » Nous y sommes.

Non, la vision politique c’est d’abord de s’intéresser au sort des populations européennes, ce n’est pas de faire des comptes et des décomptes. Ce n’est pas d’appliquer des règles obsolètes, archaïques, absurdes.

La vision politique, le leadership politique, c’est de faire le bien des européens ensemble et le leadership français dans une alternative aux conservateurs aujourd’hui à l’oeuvre au sein de la zone Euro consistera à expliquer inlassablement. Ce sera un combat difficile, épuisant peut-être mais inlassable car il s’agira de dire aux européens que nous pouvons sortir de la crise, inverser la logique de la dislocation, nous réconcilier avec les peuples, avancer vers une Europe qui regarde son avenir, qui n’exclut pas mais qui inclut.

Nous avons depuis la crise créé entre 5 et 10 millions de chômeurs. Comment voulez-vous que les populistes, les extrémistes, la haine, la violence, la revanche ne s’emparent pas de nos sociétés ? Voilà notre responsabilité.

Je voudrais vous dire comment nous allons procéder. Car les propositions que je formule, vous l’avez compris, ne sont pas expérimentales pour 2022.

Ce sont des propositions immédiatement opérationnelles pour dans 4 mois. C’est une stratégie qui a été chiffrée, qui a été travaillée, qui a été mise sur une trajectoire macroéconomique, qui est maîtrisée et robuste. C’est une politique construite et c’est une politique qui n’a aucune raison d’échouer si nous en respectons l’état d’esprit.

Nous allons remettre au travail l’économie française. Nous allons investir dans les infrastructures, la fibre numérique, les routes dangereuses, le ferroviaire, les transports en commun -il y en a besoin dans la région parisienne-. Et il y a la vie quotidienne : nous allons investir dans les territoires, là où se trouvent les PME, celles qui sont en difficulté, qui vivotent, qui n’ont pas de carnet de commandes, ce sont elles qui répondent sempiternellement dans les enquêtes de l’INSEE, que leur problème ce n’est pas l’offre, mais leur difficulté c’est la demande. Alors, la voilà.

Nous allons réinvestir dans les économies d’énergie. L’énergie la moins polluante, c’est celle qu’on ne consomme pas. Nous allons nous mettre à rénover les bâtiments publics, privés, les logements sociaux. Et nous allons le faire avec les moyens que nous pouvons lever : de l’argent public un peu, de l’argent privé, beaucoup. Parce qu’il y a des recettes derrière et que nous pouvons donc rentabiliser des investissements sur 30, 40 ans. C’est là un projet magnifique.

Mais c’est surtout une filière artisanale, une filière des matériaux, des gens qui partout sur les territoires vont avoir du travail, et pas du travail inutile. Du travail avec le quadruple dividende : la croissance, premier dividende, l’emploi, deuxième dividende, les économies d’énergie, troisième dividende et quatrième dividende, une maison neuve, des logements neufs, rénovés. C’est enfin la France qui se remet à faire des projets.

C’est là le sens dans lequel je veux emmener le pays. Les restitutions de pouvoir d’achat, les augmentations de salaire, le travail que nous allons faire pour que l’ensemble des Français puissent se retrouver dans une société du travail qui leur ressemble est le moyen de remettre en mouvement ce pays, de le rassembler, de construire ensemble l’avenir de notre jeunesse qui désespère de trouver du travail.

Il faut ajouter à cela la vision de ce que doit être la façon dont nous devons nous débarrasser du chômage de masse.

C’est mon projet. Nous débarrasser du chômage de masse.

Nous disposons de moyens considérables.

La formation professionnelle, ce sont 30 milliards. Seulement 15 % aujourd’hui sont destinés aux chômeurs. Le reste, c’est pour ceux qui ont déjà un travail.
30 milliards d’un côté, 30 milliards à l’UNEDIC, d’indemnisation du chômage. Cela fait 60 milliards.

Je propose que nous créions, ensemble, de façon sérieuse, sur une vaste échelle, la sécurité sociale professionnelle. C’est une idée des syndicats d’il y a 15 ans.

Il doit être proposé à tout citoyen perdant son travail de ne plus passer par la case angoissante du chômage mais de passer directement de la case « emploi » à la case « formation ». Je proposerai des contrats rémunérés de formation, non pas des stages parking pour inverser je ne sais quelle courbe, mais des contrats de formation requalifiants avec validation des compétences, en alternance s’il le faut dans les entreprises avec lesquelles nous allons travailler.

Nous allons offrir à travers ce dispositif la possibilité à tous ces jeunes des quartiers populaires qui désespèrent de la France, qui aujourd’hui subissent les discriminations à raison de leurs noms, de leurs origines, nous allons leur offrir une perspective. Nous créerons une plateforme d’anonymisation des candidatures vers l’emploi et ce sont des contrats de formation rémunérés et validant l’expérience et les compétences.

C’est ce que j’appelle la société des 3 contrats :

Le contrat de travail, nous allons en faire remonter le nombre et le niveau.

Le contrat de formation que nous allons développer pour le plus grand nombre.

Et les contrats d’activité. Partout en France s’expérimente, pour ceux qui ont dépassé un an de chômage de longue durée, des contrats d’activité à partir de l’indemnisation chômage où plutôt que verser une allocation sans perspective, on propose des contrats à durée indéterminée pour des personnes qui peuvent aujourd’hui rendre des services, qui ne sont pas solvables sur le marché. Ce sont les entreprises sociales et solidaires, les entreprises à but d’emploi, l’économie du partage, le recyclage, la lutte contre l’obsolescence programmée. C’est la reprise en mains par chaque citoyen de la possibilité de choisir un tant soit peu sa vie et ne pas tomber dans la case « prison » du jeu de l’Oie, la trappe à pauvreté qu’est l’allocation dégressive du chômage de longue durée.

Ce sont là des investissements dans l’humain que nous allons faire. Investir dans l’économie et dans l’humain.

Tout le monde évoque la révolution numérique, la robotisation qui remplacerait bientôt nos cerveaux, nos bras, nos jambes. Je voudrais témoigner ici de ce que dans l’histoire de l’économie, toutes les révolutions industrielles ont transformé les métiers mais elles ne les ont jamais fait disparaître. Il y a toujours eu le même niveau de travail dans nos sociétés et considérer par avance qu’il faudrait baisser les bras devant le chômage de masse, faisant croire que ce seraient les robots qui nous remplacent alors qu’en vérité les robots ont besoin d’hommes et de femmes pour les faire marcher, il s’agit au contraire d’investir dans la formation professionnelle de façon massive, pour permettre à la population qui a envie de travailler, de trouver le métier qui lui plaira.

Oui, je préfère le salaire juste au revenu universel.

Bien sûr qu’il est nécessaire de porter secours à son prochain lorsqu’il est dans la misère. Bien sûr que la grande conquête du RMI, des minimas sociaux reste l’histoire de la gauche et devra le rester longtemps. Bien sûr qu’il va falloir l’étendre à la jeunesse pauvre d’aujourd’hui, bien sûr qu’il faudra le faire. Mais ce n’est pas un projet de société. Ce qui est un projet de société, c’est de nous remettre en mouvement, de croire dans notre avenir, de nous retrousser les manches, de nous donner la main pour l’entraide.

Je ne veux pas que nous allions devant les Français avec l’idée de la résignation. Nous devons nous battre pour construire une société meilleure. C’est notre sens. Le sens, c’est la direction, c’est la signification. Notre sens profond pour les Français dans l’histoire de la gauche, cela a toujours été d’honorer le monde du travail, de défendre la société du travail et de défendre le travail tout court.

Il ne s’est trouvé qu’un seul Président de droite pour prétendre que la valeur travail était une valeur de droite. Mais pour ma part, j’ai toujours pensé qu’elle était de gauche. La valeur travail est dans l’ADN des luttes sociales, elle est dans l’ADN des conquêtes politiques, elle est dans l’histoire de ce que nous avons tous fait ensemble depuis plus d’un siècle, depuis que la révolution industrielle a commencé à séparer les hommes.

Pourquoi faudrait-il que nous nous remettions en mouvement ? Parce que nous devons faire progresser nos valeurs.

Nous avons le meilleur modèle social au monde. Il est envié dans le monde, parfois nous ne nous en rendons pas toujours compte. Il nous faut faire l’expérience d’un autre pays pour mesurer à quel point nous disposons de conquêtes fortes mais encore insuffisantes.

Il faudra non seulement défendre le modèle social mais en plus l’étendre.

Lorsque j’entends le candidat libéral-brutal inventer la désétatisation de la sécurité sociale, imaginer la privatisation de l’assurance maladie qui est un des piliers de la Nation. Je me suis souvenu qu’un ministre du gouvernement du Général de Gaulle avait déclaré, pas comme le libéral Fillon, c’était en 1945 quand la sécurité sociale a été créée : « En créant la Sécurité Sociale, disait Ambroise Croizat, nous avons voulu libérer les français des angoisses du lendemain. » Monsieur Fillon va restaurer les angoisses du lendemain dans la population française.

36% de nos compatriotes, l’année dernière, ont renoncé à se soigner parce qu’ils avaient des problèmes financiers. Il y a aujourd’hui des personnes qui n’ont pas de mutuelle, qui renoncent à se soigner. Il y a un million et demi de personnes, 680 000 retraités, des étudiants, des travailleurs indépendants qui n’ont pas les moyens de s’offrir une mutuelle. Ils n’ont pas la possibilité d’accéder à la couverture maladie universelle et ils n’ont pas les moyens de s’offrir une mutuelle car leurs revenus sont juste supérieurs.

Je propose que nous construisions avec la Sécurité Sociale une mutuelle publique à 10 euros. Je propose que nous luttions enfin contre les déserts médicaux. 2 millions et demi de personnes vivent dans les territoires, ils payent comme chacun d’entre nous la CSG mais ils n’accèdent pas aux soins. Les urgences sont à 50 kilomètres, il faut y passer la nuit quand ils y parviennent. Ces Français ont le droit d’accéder aux soins comme n’importe quel autre. Le principe d’égalité, un des piliers de notre République, doit prévaloir.

Je propose l’embauche par la Sécurité Sociale de médecins salariés dans les maisons de santé, dans les centres de santé, ce seront les dispensaires du 21ème siècle. Les hôpitaux, une source de fierté des Français, qui regrettent à 85% qu’ils ne soient pas traités à leur bon niveau. C’est une raison pour laquelle je vois souvent les équipes soignantes, les médecins, les infirmiers, tous ceux qui travaillent dans cette communauté médicale, qui se battent et se dévouent, qui sont les soldats blancs de la République. Je veux leur rendre un grand hommage ici en leur disant que nous avons besoin de vous, nous comptons toujours sur vous et les Français vous aiment.

Je propose que nous investissions dans l’hôpital et j’ai chiffré dans mon programme économique la reprise des embauches dans les hôpitaux à hauteur de 5 000 embauches par an pendant le quinquennat.

Nous avons fait quelques calculs à partir du projet de monsieur Fillon de supprimer 500 000 fonctionnaires ou plutôt de ne pas les renouveler : projeté sur l’hôpital c’est 100 000 agents hospitaliers qui ne seront pas remplacés.

Est-ce que nous pouvons imaginer la déflagration qui va se produire ? Où va-t-on les prendre ces fonctionnaires qui parait-il seraient en surnuméraire ? Dans les écoles, dans les commissariats, dans les hôpitaux ? Il a dit « non pas dans les commissariats », donc j’en déduis que ce sera et dans les hôpitaux et dans les écoles. Nous ne nous laisserons pas faire.

Remettre en mouvement le pays, c’est développer son modèle social, c’est l’étendre, c’est l’universaliser, c’est avancer vers l’esprit d’égalité pour que les français se sentent traités tous à égalité et de la même manière. C’est faire vivre les valeurs de la République.

Comment peut-on imaginer que si nous ne retrouvons pas la croissance, si nous ne retrouvons pas des personnes au travail par millions, nous arriverons à déployer encore plus ce modèle social que le monde nous envie ? C’est là le sens de la stratégie que je veux défendre et vous faire partager.

Evidemment, nous avons à imaginer ce que sera finalement le nouveau système politique pour prendre l’ensemble de ces décisions. Croyez-vous que avec le doute, la suspicion, la défiance qui se sont emparés de la parole politique nous pourrons réussir si nous travaillons à système politique constant avec cette République archaïque, tombée dans le formol, incapable de se démocratiser ? Une sorte de monarchie infantilisant les sujets, le monarque thaumaturge, quel que soit son caractère ou son tempérament, est le guérisseur des écrouelles pour des sujets passifs, devant tout promettre et finalement, comme un roi fainéant, ne rien faire. Voilà ce qu’est la 5ème République.

A nous d’inventer l’entrée des citoyens dans le système politique. A nous d’installer le citoyen et la citoyenne au coeur des processus de décision. Les Français sont un grand peuple politique, éduqué, informé, numérisé, capable de réfléchir, de poser des questions, exigeant à juste titre. C’est eux qui donnent la clé de l’avenir. C’est avec nous, vous, nous tous que nous pourrons refonder le système politique Français dans ce que j’ai appelé depuis 15 ans, la 6ème République Française.

La 6ème République Française, c’est la fin du 49.3, Manuel !
La 6ème République Française, c’est le septennat non renouvelable.
La 6ème République Française, c’est la destitution ministérielle.
La 6ème République Française, c’est le tirage au sort dans chaque département d’un citoyen qui deviendra sénateur.
La 6ème République Française, ce sont les referendum d’initiative populaire, c’est la possibilité de saisir la Chambre régionale des comptes par les citoyens, c’est la possibilité de saisir la Cour des comptes, c’est le contrôle par les citoyens de leurs dirigeants, donc de leur destin.

Nous avons un projet réaliste mais ambitieux, raisonnable mais audacieux.
C’est un projet capable de convaincre des millions de Français.

Déjà les commentateurs expliquent que la gauche aurait disparu, engloutie comme l’Atlantide, incapable de ressurgir, une sorte d’oubli, d’engloutissement et d’abandon. Le nombre de ceux qui sont présents dans ces réunions publiques, nous avons sillonné le pays avec les amis, les camarades, démontre le contraire.

Nous avons tant à apporter à la France et à notre peuple, tant à dessiner de l’avenir que nous pouvons partager. Oui, la gauche est en train de renaître. Elle se relance, elle s’engage, elle se rassemble.

Oui, nous pouvons porter fièrement le passé des récits dont le pays s’est enorgueilli à travers ce que la gauche a pu lui apporter.

Mais maintenant nous allons écrire une nouvelle page de l’histoire de France. Nous allons rappeler qui nous sommes, d’où nous venons pour mieux faire comprendre où nous allons car il n’y a pas d’inconstance, il n’y a pas d’incohérence, il n’y a pas de mouvement divers.

Il y a un désir rectiligne de transformer le pays, de le changer, de reprendre le drapeau du discours du Bourget tombé à terre, dans la poussière. Nous le relevons, ensemble.

Je suis fier, nous pouvons être fiers de Jean Jaurès, défenseur des mineurs de Carmaux qui articula socialisme et République.

Je suis fier et nous pouvons être fiers de Léon Blum, des congés pays, des femmes pour la première fois au gouvernement alors qu’elles ne votaient pas même à l’époque.

Nous pouvons être fiers de Pierre Brossolette, héros de la Résistance et du socialisme qui se jeta par la fenêtre plutôt que de parler à la Gestapo.

Nous sommes fiers de Lucie et Raymond Aubrac, du groupe Manoukian, du FTP-MOI.

Nous sommes fiers de Nelson Mandela, vainqueur de l’Apartheid.

Nous sommes fiers de Robert Badinter qui a aboli la peine de mort.

Je suis fier, nous sommes fiers de François Mitterrand et de la 5ème semaine de congés payés.

Je suis fier de Michel Rocard et du RMI.

Nous sommes fiers de Lionel Jospin, des 35 heures, de la CMU et de la croissance retrouvée.

Je suis fier, nous pouvons être fiers de Christiane Taubira et du mariage pour tous.

Oui, mon cher Guy, je suis fier des ouvriers de Florange, ils sont notre cap, ils sont notre sens, ils sont notre direction, notre signification.

Nous avançons vers l’avenir, nous nous rassemblons, dimanche, nous l’emporterons !