Discours d’entrée officielle en campagne de la primaire de la gauche

Chers amis, chers camarades, chers parrains, mes chers compatriotes,

Ce 1er décembre s’ouvre le processus des primaires de la gauche.

Après le succès indéniable, il faut le reconnaître, des primaires de la droite, dont le peuple de droite s’est emparé en masse avec plus de 4 millions d’électeurs pour prendre des décisions aussi importantes qu’inattendues, un ancien Président de la République battu, le favori des médias et des sondages sévèrement écarté, un vainqueur désigné au coeur des valeurs conservatrices et libérales de la droite française, c’est désormais le temps de la primaire de la gauche qui s’ouvre.

Le peuple de gauche désespère de ses dirigeants qui multiplient les actes de division. Dans cette multifracturation et la poursuite de l’émiettement, la primaire de la gauche est l’outil du rassemblement.

Elle permet de choisir sans détruire. Elle permet de décider en unifiant. Elle permet de rassembler autour d’un projet, d’une vision et d’un candidat. C’est la seule arme qui nous permettra de sauver la gauche.

Car l’unité est le seul outil de notre riposte stratégique au rassemblement des droites françaises. Par la puissance du nombre de ses suffrages, le peuple de gauche choisira de donner de la force à celui ou celle qu’il aura désigné pour, une fois l’unité réalisée dans la primaire, continuer à construire l’unité hors du cercle et du champ de la primaire.

La primaire est en vérité un fantastique outil de pouvoir et de puissance retrouvée pour le peuple. Partout dans le monde, une tempête démocratique se lève. Depuis la victoire du « Non » en 2005 au référendum sur le Traité Constitutionnel Européen, en passant par la victoire du Brexit, de Tsipras, de la presque victoire de Bernie Sanders, il s’agit bien d’un avis de tempête.

Car ces décisions ont été prises en conscience, sans violence, par la puissance des urnes. Il ne peut y avoir de démocratie lorsque les décisions sont formatées par avance, donnant le sentiment qu’on force la main des peuples !

C’est pourquoi la primaire est un outil de libération des Français. C’est l’air du grand large qui s’engouffre dans les partis, qui les bouscule lorsqu’ils veulent imposer leurs candidatures, leurs projets, leurs éléphants et leurs dinosaures. Libérons-nous des figures et des visages imposés, des stratégies diviseuses des appareils, emparons-nous de la primaire comme on se saisit de sa propre liberté.

C’est la raison pour laquelle je suis venu déposer ma candidature aujourd’hui à cette primaire de la gauche pour proposer une alternative à la politique gouvernementale actuelle, un autre chemin aux Français qui veulent un autre choix et engager, si je suis désigné, le processus inéluctable de rassemblement populaire de toutes les forces de gauche pour enlever la victoire au mois de mai 2017.

Qu’avons-nous donc en face de nous ? Un candidat de la droite radicale, à la stratégie thatcherienne de la terre brûlée, inspirée, je cite Monsieur Alain Juppé, par la « brutalité sociale ».

Ses propositions de baisse d’impôts concernent les seules familles aisées, la suppression de l’Impôt Sur la Fortune d’un montant de 5 milliards d’euros concerne seulement 340.000 foyers fiscaux les plus riches, soit 1 % à peine de la population. En revanche, ses hausses d’impôts concernent toute la population et notamment les classes moyennes et populaires :

L’augmentation de la TVA de 2 % ;

Sa suppression des 35 heures est une perte sèche de pouvoir d’achat pour ceux qui n’ont que leur travail pour vivre ;

Sa proposition de concentrer l’assurance maladie sur les affections graves et de longue durée est une privatisation non déguisée de la Sécurité Sociale. Déjà aujourd’hui, 36 % de la population renonce à ses soins pour des raisons financières. Le désengagement voulu par le candidat Fillon de la Sécurité Sociale, c’est l’explosion garantie des restes à charge, c’est l’explosion garantie du prix des mutuelles encore plus chères et c’est plus de personnes incapables de se soigner car incapables de se payer une mutuelle. C’est  l’Obama Care inversé, et c’est pour nous en France, le retour à la situation d’avant-guerre.

Ses propositions de baisse de 100 milliards de dépenses publiques vont écraser ce qui nous reste de peu de croissance par un plan d’austérité, puissance 2 ou 3.

Enfin, le départ de 500.000 fonctionnaires achèvera définitivement l’Education Nationale et les hôpitaux. 30 % de plus d’élèves en difficulté en 10 ans. L’école n’est déjà plus gratuite car pour sauver leurs enfants beaucoup de parents font appel aux cours particuliers privés sur leurs finances ou parfois décident quelle que soit leur classe sociale, de mettre leur enfant dans le privé. On peut prédire de façon raisonnable un effondrement du système hospitalier et de l’Education Nationale.

Pour affronter un tel candidat ultra-libéral, il ne faut pas un candidat social-libéral, il faut au contraire un candidat au coeur des gauches, qui rassemble la gauche sociale, la gauche du travail, la gauche des valeurs et la gauche entrepreneuriale.

C’est par cette stratégie obstinée du rassemblement, de la réunification des différentes gauches que nous reformerons un peuple de gauche à nouveau unifié. C’est ainsi que nous ferons ensemble progressivement, le temps passant jusqu’au mois de mai 2017, reculer le défaitisme.

Je remercie les nombreux parlementaires, les nombreux élus régionaux, départementaux, les maires, les membres du Conseil National qui m’ont accordé largement leurs (plus d’une centaine) parrainages et me permettent d’entrer en force dans le processus de la primaire.

J’adresse un merci particulier aux anciens ministres Messieurs Christian Paul et Laurent Cathala, respectivement anciens ministres de Lionel Jospin, artisan de la gauche plurielle et de François Mitterrand, défenseur de l’union de la gauche, qui viennent de me rejoindre dans cette candidature. Nul ne doute que le processus de ralliement et de rassemblement va se poursuivre et s’amplifier.

En regardant sincèrement notre pays, nous savons tous que la France a un immense destin qui a été, est et restera longtemps l’auteur d’avancées lumineuses.

Devant les changements spectaculaires qui affectent la marche du monde, devant la montée des menaces et des incertitudes, notre meilleur ennemi, c’est nous-mêmes.

Nous appartenons à cette catégorie des grands pays du monde qui avons tant inventé, mais comme souvent, nous nous sommes laissés emprisonner, en refusant d’être nous-mêmes, en refusant de croire en nous-mêmes et nous voici prisonniers des idées, des préjugés, des erreurs, des fautes même des autres.

L’un voudrait imiter Madame Thatcher, l’autre voudrait suivre Madame Merkel, le 3e voudrait se laisser séduire et envoûter par Vladimir Poutine, la 4e voudrait ressembler à Donald Trump.

Je vous propose, tout simplement, que nous soyons enfin nous-mêmes.

Car nous sommes prisonniers de politiques dont on nous dit depuis tant d’années qu’elles seraient les seules possibles alors qu’elles sont élaborées ailleurs et sans notre consentement.

Nous sommes prisonniers de pensées frileuses quand par exemple on nous fait croire que le mariage pour tous et ses avancées pour quelques uns volerait ou retirerait des droits à d’autres. Lesquels et au détriment de qui ?

Nous sommes prisonniers de pensées fausses quand on nous dit que nous dépensons trop par rapport à l’Allemagne par exemple, alors que celle-ci ne compte pas ses personnels de santé dans le nombre de ses fonctionnaires, si c’était le cas, nous serions exactement au même niveau.

Nous sommes prisonniers du conformisme quand on nous dit qu’on a tout essayé contre le chômage alors que tant de Français dans leur vie quotidienne innovent, inventent, agissent différemment, et que nous sommes assis sur un gisement d’idées, de ressources, de créativité que nous sommes incapables de mettre en mouvement et de mettre au pouvoir.

Si la France veut compter à nouveau, se relancer et reprendre de la force, elle doit prendre conscience de l’urgence, urgence à penser par elle-même et non à travers d’autres, à se libérer de ses carcans idéologiques venus d’ailleurs et à se sortir de sa prison mentale.

C’est pourquoi, après l’échec du changement venu d’en haut, je propose la vague du changement par le bas. Souvenez-vous, le changement devait être pour maintenant en 2012 et il ne fut presque malheureusement nulle part.

Pourquoi ?

Parce que l’État a été trop faible avec les forts et trop dur avec les faibles.

Il a tout accepté de l’austérité inventée par l’Union Européenne ;

Il a renoncé devant la puissance du système financier et bancaire,

Il a reculé devant le chantage et les abus des grandes entreprises transnationales, devant les fameuses GAFA, ces 4 entreprises californiennes qui pratiquent l’optimisation fiscale et ont fait de nous une colonie numérique des Etats-Unis d’Amérique ;

Devant la famille Mittal qu’il aurait fallu faire plier face à l’affront de Gandrange puis de Florange ;

Face aux sociétés privées d’autoroutes qui augmentent sans vergogne les péages au détriment des Français, sans aucune réaction de l’État ;

Devant les investisseurs chinois qui agissent parfois en prédateurs sur nos territoires avec les encouragements de l’État ;

Cet Etat a tout accepté des oligénarques, ceux qui ont pris le pouvoir en le reprenant au suffrage populaire pour servir leurs privilèges sous couvert du bien public ;

L’État a été faible avec les forts et il a été trop dur avec les faibles.

Il a mené une austérité fiscale qui a appauvri les classes moyennes et les couches populaires. C’était injuste de les faire participer à la crise.

Il a engagé des coupes budgétaires qui ont conduit les collectivités locales à s’appauvrir et laisser les territoires oubliés de la République, ruraux, urbains, populaires et périphériques, s’affaisser encore plus.

Il a abandonné dans la crise les professions indépendantes, les petites entreprises dont le niveau de faillite record n’a pas diminué.

Il a accepté de tolérer une hausse insupportable du chômage qui a appauvri plus d’un million supplémentaire de Français.

Il a laissé choir beaucoup d’enfants des classes populaires livrés à eux-mêmes dans le système éducatif dénombrant 30 % d’élèves en difficulté en plus en 10 ans.

Il a renoncé à défendre certaines libertés publiques que les Français ne sont pas prêts à abandonner.

Voilà pourquoi je veux libérer les Français.

Libérer les Français, c’est d’abord reconnaître la capacité de la société françaises à inventer son et notre avenir. C’est un acte de foi dans la société et dans ses mouvements naturels.

Nous sommes prisonniers du monopole politico-administratif qui contrôle en circuit fermé les choix politiques du pays depuis 20 ans, quelles que soient les alternances. Je veux libérer les Français de ce monopole de ceux que j’appelle les oligénarques, les tenanciers de la pensée unique, et organiser l’entrée des citoyens dans le système politique.

C’est le tirage au sort des citoyens dont 100 d’entre eux deviendront des sénateurs.

C’est la démission obligatoire des dirigeants de la haute administration à chaque changement de ministre.

C’est la fin des autorités administratives prétendument indépendantes qui gouvernent le pays au lieu et place des politiques.

C’est la fin de l’ENA comme école de reproduction des élites, mais le début de l’ENA comme recrutement diversifié de nos futures élites.

C’est la République nouvelle qui organise un nouvel équilibre des pouvoirs.

Nous sommes prisonniers des nouvelles féodalités économiques qui prétendent imposer aux Etats – comme le nôtre – pourtant puissant, aux Nations – comme la nôtre – pourtant grande, leurs intérêts qu’ils jugent supérieurs aux nôtres.

Je veux libérer les Français du système bancaire qui s’est détourné de leurs besoins et du soutien à l’économie réelle. C’est la création de la banque d’encouragement au risque et c’est la loi de séparation bancaire qui a été manquée qu’il faudra reprendre avec amplification.

Je veux libérer les Français du système de colonie numérique que 4 entreprises californiennes exercent sur notre pays et notre continent, l’Europe. Nous construirons un Google européen avec les grands opérateurs de communication européens et défendrons notre souveraineté numérique. J’engagerai le rétablissement des intérêts fiscaux, économiques nationaux en engageant les procédures anti optimisation fiscale.

Je veux libérer les Français de la capture par les investisseurs étrangers de nos fleurons industriels en imposant le respect de la France et de ses intérêts, le maintien de ses centres de décision, de recherche, de ses emplois en France par l’extension du décret de protection que j’avais fait promulguer en 2014 à l’occasion de l’affaire Alstom et qui n’a jamais été utilisé depuis mon départ du gouvernement.

Il faudra mobiliser les fonds des mutuelles et des caisses de retraite pour entrer dans le capital des fleurons du CAC 40 afin d’imposer des contrepoids patriotiques. Il faudra faire entrer des salariés élus avec voix délibérative dans les Conseils d’administration de ces grandes entreprises, pour rééquilibrer les décisions qu’elles prendront.

Nous sommes prisonniers des excès et des dangers de la mondialisation. La grande politique du Made in France nous permettra de nous en libérer. Car reprendre le contrôle, c’est être libre. La France ne ratifiera plus les traités ultérieurs de libre-échange que la Commission européenne négocie en notre nom et dans notre dos. C’est la fin du TAFTA et du CETA. Dans le mouvement de démondialisation culturelle, économique et politique qui s’installe partout dans le monde, nous en prendrons notre part raisonnable en Europe. Nous ne pouvons plus accepter d’être, comme le disait justement l’ancien ministre des Affaires Etrangères, Hubert Védrine, les idiots du village mondial, nous les européens. La France refusera le statut d’économie de marché à la Chine que la Commission est en train de négocier en ce moment, qui par son dumping renouvelé détruira 3 millions d’emplois supplémentaires en Europe par un mouvement de baisse des droits de douane sur les produits chinois importés.

Et si la nouvelle administration américaine et la Chine refusent d’appliquer les accords de la COP21, négociés ici à Paris et réduisant les émissions de gaz à effet de serre responsables du dérèglement climatique, alors la France défendra des taxes carbone aux frontières européennes sur les produits importés en réciprocité d’une aussi grave infraction à la parole donnée. Et si la Commission ne le veut pas, nous travaillerons à instaurer une taxe carbone en coopération renforcée avec les pays européens qui le souhaitent. L’impératif écologique dans son exigence à l’égard de la crise climatique qui s’aggrave, chaque jour en donne ses preuves, les niveaux de température en Antarctique, en Arctique le démontrent, contribue par les circuits courts à la démondialisation et au Made in France.

Se protéger, c’est être libre. Ne pas se protéger, c’est être dépendant et enchaîné.

Je veux libérer également les Français de cette concurrence déloyale à l’intérieur de l’Europe. Je déciderai la suspension unilatérale de la Directive Travailleurs Détachés qui organise le dumping social à domicile, qui met en concurrence les travailleurs européens entre eux, en tuant les petites et moyennes entreprises sur nos territoires.

Les Français sont quant à eux prisonniers d’une vie quotidienne difficile, faite d’inquiétude pour le présent, d’angoisse pour leur avenir. Est-ce que nous ne pourrions pas tenter également de les en libérer ? Ce sont les fins de mois difficiles, dès le 10 ou le 15 du mois avec des pertes de revenu sensibles ces dernières années. Ce sont les « reste à charge » trop importants dans les dépenses de soin, ce sont les déserts médicaux qui concernent 2,5 millions de nos compatriotes. Il y a maintenant les sans mutuelle, comme il y a les sans logis. Ils sont, malgré la dernière réforme, 1,5 million de nos compatriotes. Ce sont aussi ces femmes qui travaillent dur et élèvent seules leurs enfants, sans l’aide des allocations familiales. Bien sûr, l’action politique peut ne pas réaliser le bonheur. Mais elle pourrait tout de même atténuer une part de malheur. C’est là la responsabilité qui est la nôtre, et pour ces Français, le programme Fillon sera d’une très grande dureté, d’une très grande cruauté. Pour ma part, ce sont ces Français qui travaillent dur, qui ne s’en sortent pas, que nous avons la charge et la mission historique de soutenir et de libérer un peu plus des difficultés et des charges de la vie quotidienne. La Sécurité Sociale réouvrira des dispensaires dans les déserts médicaux ruraux et urbains, où les médecins seront salariés et où les patients pourront consulter gratuitement. Pour les sans mutuelle, je propose de créer une mutuelle publique à prix modéré accessible aux Français qui ne peuvent obtenir ni la Couverture Maladie Universelle, ni se payer une mutuelle. J’ai proposé de diminuer l’impôt CSG sur les salariés dont les revenus sont les plus modestes afin de leur redistribuer le pouvoir d’achat qui leur a été dérobé ces dernières années. C’est là l’oxygène dont ils ont besoin pour assurer le minimum du quotidien.

Enfin, le redéploiement des allocations familiales devra aider les mamans, dès le premier enfant, celles dont les revenus tirés du travail sont trop faibles pour vivre.

Nous sommes prisonniers, nous tous, d’une société qui vit dans le soupçon, entretient la défiance et organise le contrôle. Je préfèrerai que nous construisions des rapports de confiance. Il faut libérer l’innovation entrepreneuriale, sociétale, écologique, culturelle, technologique, éducative pour créer les conditions d’un changement par la société elle-même. Notre pays sur-administre le quotidien, sur-réglemente la vie de tous les jours, et sous-administre l’essentiel. Absent en haut pour protéger les Français, l’Etat est omniprésent en bas dans la vie de tous les jours pour les contrôler quand ce n’est pas pour les taxer.

Libérer l’innovation dans la société, c’est organiser la libération des Français. Je veux donner le pouvoir aux gens pour qu’ils puissent peser sur leur destin. Je pense à ces jeunes qui veulent financer leur projet et n’y parviennent pas, ces personnes discriminées qui inventent leur propre emploi faute d’en trouver et créent leur entreprise, ces Français de toutes conditions qui imaginent dans leur start-up des petites révolutions dans le commerce, la santé, les services publics ou privés, ces cadres licenciés, ces retraités qui créent des associations, des coopératives, des réseaux d’entraide, tous se sentent entravés, empêchés, découragés. Dans l’agriculture où s’invente des modèles de production sans intrants ni engrais assurant pourtant l’augmentation du revenu des agriculteurs, dans l’industrie où la robotisation transforme l’outil productif en usine du futur en créant de nouveaux emplois, dans l’économie numérique où se décide les relocalisations de productions industrielles grâce à la disparition des distributeurs et leurs marges inutiles créant des circuits courts rentables, dans le logement où l’habitat coopératif permet par l’association des habitants de créer des immeubles collectifs et de diminuer de 30 % le coût d’acquisition du logement, dans l’énergie où les modèles d’auto-consommation, d’auto-production par lesquels chacun à la maison, au bureau, à l’usine peut produire sa propre électricité à un coût compétitif et lancer ainsi la production décentralisée et coopérative d’une électricité propre et renouvelable.

Ce peuple d’innovateurs que sont les Français, ce peuple de créateurs de leur propre vie, je voudrais aussi avec vous les libérer. C’est le sens de la réforme du régime social des indépendants, le fameux RSI, que je veux entreprendre, qui aujourd’hui décourage et détruit là où il devrait protéger et encourager. C’est le sens des investissements humains dans l’Education Nationale qu’il va falloir engager pour aider les enfants à maîtriser les savoirs fondamentaux et leur donner un autre destin d’homme ou femme libre. Après les résultats catastrophiques de baisse de niveaux des savoirs fondamentaux à l’école, l’explosion du nombre d’élèves en difficulté, le touchant appel au secours des enseignants qui ne peuvent plus faire face, je propose de diviser les classes partout où cela est nécessaire par petits groupes, de laisser les classes de Cours Préparatoire jusqu’au CE2 dans les mains d’un même maître qui pourra suivre les mêmes élèves pendant 3 ans et de mobiliser comme l’a fait l’association « Bleu Blanc Zèbre » d’Alexandre Jardin des retraités de l’Education Nationale pour suivre chaque enfant en difficulté jusqu’à ce qu’ils sachent lire, écrire et compter. L’innovation éducative doit permettre de reconstruire notre Education Nationale, car la libération c’est la capacité de notre système éducatif à donner à tous les enfants les clés de la réussite.

J’ai proposé le rétablissement du service national obligatoire, civil, militaire, humanitaire, pour permettre aux jeunes hommes et jeunes femmes de quitter leur milieu, de s’unir par le brassage social avec d’autres sous le même drapeau. Ils pourront soutenir pendant plusieurs mois les associations sur le terrain qui ont besoin d’aide car il s’agit d’un service à la Nation qui pourra s’effectuer dans les associations, les entreprises sociales et solidaires afin de soutenir ceux qui innovent et inventent la France de demain. Le service national sera aussi un service de l’entraide civique et de l’innovation sociétale. En contrepartie de ce service national obligatoire, je propose que chaque jeune qui l’aura dûment effectué puisse financer son propre projet entrepreneurial, associatif ou de formation. La Banque de France accordera à chaque jeune Français un micro-crédit et chacun de ces jeunes Français aura la vie devant lui pour le rembourser à l’État qui lui aura fait confiance. Il s’agit d’un acte de confiance dans la jeunesse de notre pays. Il s’agit d’un encouragement à prendre sa vie en main, à entreprendre pour soi-même, pour les autres et avec les autres. Ce micro-crédit universel est un soutien officiel et concret de la Nation aux projets que notre jeunesse fera pour elle-même et pour notre avenir, qu’elle saura inventer.

Je veux enfin libérer les Français de la difficulté de vivre dans leurs territoires. 10 millions de Français rêvent de quitter les grandes villes et les métropoles pour vivre dans les petites villes et les campagnes, un rêve qu’ils ne peuvent réaliser qu’à l’âge de la retraite. Et les habitants de la France rurale qui veulent y vivre ne le peuvent pas, car le travail s’y fait parfois rare, les services publics et privés ferment. Je propose d’encourager à très grande échelle le télétravail. La révolution numérique peut être libératrice. 18 millions de Français prennent leur voiture chaque jour pour aller au travail, 4 millions de Français empruntent les transports en commun pour se rendre au travail. Je propose de défiscaliser le télétravail en incitant les entreprises à se réorganiser pour favoriser le travail à distance qui permettra aux Français de vivre là où ils le souhaitent, on réduira la pollution par les transports dans les grandes agglomérations, on diminuera les charges foncières des entreprises ayant moins besoin de bureaux, on augmentera la productivité des salariés car plus heureux au travail et moins fatigués par les temps de transport. C’est un projet de société qui envisage le travail différemment mais aussi imagine autrement les territoires ruraux et urbains. Imaginons que 20 % des salariés qui ne sont que 1 % aujourd’hui deviennent des télétravailleurs, j’en suis un moi-même. Nous pourrions alors imaginer de repeupler progressivement nos campagnes, la France qui ferme ses commerces et ses services publics pourrait les voir rouvrir. Je propose la naissance d’une Agence Nationale de Rénovation Rurale capable de rénover le foncier des villages, d’installer la fibre optique, d’installer les populations urbaines qui souhaitent travailler hors des villes en proposant des logements de qualité à des prix défiants toute concurrence.

Le télétravail et la fibre optique peuvent faire renaître la France désertifiée des campagnes. Ce serait là une bonne manière de libérer les Français.

Pour se mettre sur le chemin de cette société nouvelle que je veux bâtir avec vous tous, il faudra libérer la France et l’Europe et c’est mon dernier point, des politiques tutélaires d’austérité. Ce sont elles qui nous interdisent d’investir, d’imaginer une société en croissance et en développement, elles nous interdisent même l’optimisme puisqu’elles nous ont conduit à remplacer tous nos dirigeants politiques par des experts comptables. Expert-comptable, c’est un beau métier, mais je défie quiconque qui est à la tête d’une entreprise, de confier la direction de l’entreprise à un expert-comptable. L’expert-comptable est un contre pouvoir, il ne peut pas être le leader. C’est pourquoi mon programme de redécollage économique passe par le retour de l’investissement public. Il y a mille projets à financer dans les travaux publics en France qui relanceront l’activité des entreprises sur les territoires. J’ai proposé d’investir 20 milliards. 4 Pays du G8 ont d’ores et déjà annoncé des relances économiques par des plans d’investissement publics dans les infrastructures. L’OCDE avant hier a recommandé à chacun des pays membres de la zone Euro de lancer des dépenses d’investissement dans les infrastructures pour nous sortir de la crise. C’est ainsi que nous allons nous libérer de l’austérité. La France va pouvoir enfin se remettre à faire des projets. Après tant d’années immobiles, après le temps des difficultés, voici celui de notre liberté, celle d’imaginer ensemble notre futur.

Lorsque j’ai quitté en 2014 le gouvernement et abandonné mon dernier mandat pour travailler dans des PME pour les aider, je n’imaginais pas faire ce parcours. Nous avons commencé au Mont Beuvray, au mois de mai, nous étions une poignée. Au mois d’août à Frangy, nous étions déjà quelques milliers. Avec la plateforme numérique du Projet France, nous avons suscité 200.000 votes pour construire notre programme. Voici maintenant que plus de 100 parrains autorisent cette candidature à la primaire et je veux les en remercier. Ce premier rassemblement qui sonne comme le retour de la gauche en appellera d’autres et beaucoup d’autres. Je sais le chemin escarpé et difficile, mais il n’est pas impossible, car impossible n’est pas français.

Je lance à travers vous un appel au peuple de gauche. Venez voter à la primaire. Donnez-lui de la force, du soutien pour rassembler les gauches, imaginer les alliances futures de l’union des gauches et donner ensemble un coup d’épaule à l’histoire.

Vive la primaire de la gauche,

Vive l’union des gauches,

Vive la République,

Vive la France